Un robot fonctionne avec un cerveau composé de neurones de rat
CourrierCasablanca.com | 14-08-2008
Un robot fonctionnant avec un véritable petit cerveau vivant composé de
neurones de rat, capable "d'apprendre" des comportements comme éviter
un mur,
a été mis au point à l'Université de Reading (Angleterre) par des émules de Frankenstein.
"Nous lui avons déjà donné un certain apprentissage par répétition,
puisqu'il reproduit certaines actions", a déclaré à l'AFP le
responsable de l'équipe multidisciplinaire, Kevin Warwick. "Mais nous
voulons maintenant lui apprendre" des comportements, a-t-il dit.
Le
cerveau biologique du robot, baptisé Gordon, a été créé à partir de
neurones prélevés sur un rat. Ils ont été placés dans une solution,
séparés puis mis sur un lit d'une soixantaine d'électrodes.
"Dans
les 24 heures, a souligné le chercheur, des connexions ont poussé entre
eux", formant un réseau comme dans un cerveau normal. Et "en une
semaine il s'est produit des impulsions électriques spontanées et ce
qui paraissait être une activité de cerveau ordinaire".
"Nous
avons utilisé cette réaction pour relier le cerveau au robot avec des
électrodes. Désormais, le cerveau contrôle le robot, et celui-ci
apprend, par répétition", explique le scientifique.
Ces
recherches, qui pourraient faciliter à terme l'étude de traitements
pour lutter contre les maladies neurodégénératives (Alzheimer,
Parkinson...), permettent de suivre les réactions des neurones.
Lorsque
le robot, qui ressemble à Wall.E, le héros du dernier film des studios
Pixar, heurte un mur, le cerveau reçoit une stimulation et il apprend
par habitude à contourner l'obstacle. "Maintenant, nous étudions
comment lui apprendre : en augmentant le voltage sur différents
électrodes", en utilisant des produits chimiques pour favoriser ou
stopper les transmissions entre neurones, détaille Kevin Warwick.
Mais
déjà, "s'il est à un certain endroit et que nous voulons le faire aller
à droite, nous pouvons envoyer une stimulation électrique" pour lui en
donner l'ordre, ajoute-t-il.
"Nous voulons comprendre comment les
souvenirs sont archivés dans un cerveau biologique, par rapport à un
cerveau d'ordinateur", a-t-il poursuivi.
"A l'heure actuelle,
nous estimons qu'il y a de 50.000 à 100.000 neurones en activité" dans
le cerveau de Gordon, a noté le chercheur. Un rat en possède au plus un
million, et un Homme quelque 100 milliards.
Et comme dans le cas
de l'Homme, si le cerveau de Gordon n'est pas stimulé régulièrement,
"il se laisse aller". Alors qu'avec "des stimulations, les connexions
se renforcent, il semble devenir plus alerte", fait remarquer Kevin
Warwick.
"Nos travaux ont ainsi un rapport avec Alzheimer en ce
qui concerne le stockage de la mémoire et comment on peut le
renforcer", par exemple en augmentant les stimuli élctriques, note-t-il.
En
effet, le cerveau de Gordon "est une version simplifiée de ce qui se
passe dans le cerveau humain. Mais là, on peut regarder, et contrôler,
les éléments essentiels comme nous le voulons", contrairement à ce qui
peut se faire in vivo chez l'Homme.
L'équipe de l'Université de
Reading dispose de plusieurs cerveaux en activité. "Et c'est drôle,
fait remarquer le chercheur, il y a des différences entre eux : il y en
a un un peu violent, un peu actif. Un autre ne fera pas ce qu'on lui
demande, il s'écrasera contre les murs. Chacun a sa personnalité !"
Quatre
ou cinq autres groupes de scientifiques travaillent sur de tels
cerveaux biologiques dans le monde, mais "en termes d'apprentissage par
expérience et habitude, je ne l'ai jamais vu auparavant", a noté Kevin
Warwick.
Quant à utiliser des neurones humains pour Gordon: "il y
a clairement des obstacles éthiques. C'est plus une question éthique
que technique", répond-il.