Le cinéaste égyptien Youssef Chahine est dans le coma !
CourrierCasablanca.com | 17-06-2008
Le plus célèbre des cinéastes égyptiens, Youssef Chahine, 82
ans, a été admis d'urgence lundi dans un hôpital de la région
parisienne,
à la suite d'une hémorragie cérébrale qui l'a plongé dans
le coma, a indiqué un membre de sa famille à l'AFP. Le réalisateur égyptien, qui a marqué le cinéma de son pays depuis
les années 50 par une oeuvre à la fois intimiste et politiquement
engagée, a été transféré lundi par avion-ambulance privé d'Egypte en
France.
Son état de santé "est critique mais stable", a précisé à
l'AFP sa nièce, Marianne Khoury, qui l'accompagne. Le cinéaste a été
victime samedi d'une hémorragie cérébrale, et "la décision a été prise
dimanche soir de le transférer en France", a précisé Mme Khoury.
Youssef
Chahine, qui est toujours "inconscient", a été admis à l'Hôpital
américain de Neuilly (Hauts-de-Seine), a précisé sa nièce.
Cette
institution privée à but non lucratif, regroupant 197 lits et places
d'hospitalisation en chirurgie, médecine et obstétrique, a l'ambition
de "rassembler le meilleur des pratiques médicales françaises et
américaines, afin d'offrir à ses patients (...) des soins de très haute
qualité", selon son site internet. Le président tchadien Idriss Deby,
l'actrice américaine Jane Fonda ou la chanteuse américaine Whitney
Houston s'y sont fait soigner.
Les plus hautes autorités de
l'Etat égyptien ont affiché leur mobilisation autour de la santé du
cinéaste, dont la liberté de parole lui a pourtant valu des relations
difficiles avec le pouvoir de son pays.
Le président Hosni
Moubarak a décidé que M. Chahine -- connu pour son opposition au régime
en place comme aux islamistes -- serait soigné aux frais de l'Etat
égyptien, en signe de "considération pour sa participation remarquable
à la construction du cinéma égyptien", a rapporté l'agence Mena.
M. Moubarak espère que Youssef Chahine "surmontera" cette crise, d'après la même source.
"L'Etat
égyptien s'occupe de cette affaire", a insisté de son côté devant la
presse le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, qui se
trouvait lundi par coïncidence à Paris pour inaugurer une exposition
consacrée à la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum à l'Institut du monde
arabe (IMA).
Plus célébré à l'étranger que dans son pays, Youssef
Chahine avait obtenu en 1997 le Prix du cinquantième anniversaire du
Festival de Cannes pour l'ensemble de son oeuvre.
Né le 25
janvier 1926 à Alexandrie, éduqué en français et en anglais, Youssef
Chahine a imprimé ses souvenirs et ses idées de gauche et
anti-islamistes sur une oeuvre riche d'une quarantaine de films.
C'est
lui qui a découvert l'acteur Omar Sharif, qu'il fait tourner dans "Eaux
noires" (1956), un des films d'inspiration néo-réaliste qu'il réalise
dans les années 50 et 60, avec "Gare centrale" (1958) et "La terre"
(1969).
Sans renoncer aux sagas politiques, Chahine s'est ensuite
lancé dans le roman filmé de sa jeunesse, avec la trilogie "Alexandrie,
pourquoi?" (1978), "La mémoire" (1982), "Alexandrie encore et toujours"
(1989). Il offre un rôle à Dalida, qui retrouve à cette occasion son
Egypte natale, dans "Le sixième jour" en 1986.
"L'émigré" (1994),
inspiré de la vie du patriarche biblique Joseph, et "Le destin" (1997),
qui évoque le philosophe arabe du XIIè siècle Averroès, lui ont valu la
colère et la censure des intégristes égyptiens. Son dernier film, "Le
Chaos" (2007), dépeignait sans fard un policier corrompu tenant tout un
quartier du Caire sous sa coupe.