Après avoir poursuivi des négociations sur le "statut avancé" avec
l'Union Européenne pendant près de neuf ans, le Maroc a enfin obtenu
satisfaction cette semaine à Luxembourg.
L'Union récompense ainsi le
royaume pour les réformes démocratiques entreprises.
Prenant acte du "train de réformes" engagées au Maroc, l'Union
Européenne a décidé lundi 13 octobre à Luxembourg d'accorder au royaume
un statut avancé dans ses relations avec ce bloc de 27 pays. Cette
mesure sans précédent prise par le Conseil d'Association UE-Maroc
devrait permettre d'intégrer progressivement le Maroc dans les
politiques de l'Union et d'approfondir les accords de libre échange.
"Le
Maroc est le premier pays de la rive sud de la Méditerranée à
bénéficier de ce statut avancé dans ses relations avec l'Union
Européenne", a déclaré au conseil Mme Benita Ferrero-Waldner, la
Commissaire européenne aux Relations Extérieures et à la Politique de
Voisinage.
Observateurs et responsables ont fait
clairement valoir que les réformes entreprises par le Maroc avaient
fortement contribué à cette décision de l'Union.
"Cet
engagement européen sur le statut avancé est avant tout une marque de
confiance... envers les efforts entrepris par le Maroc en termes de
réformes politiques, de consolidation de l'Etat de droit,
d'amélioration du système judiciaire, de réformes économiques, de
cohésion sociale et de lutte contre la pauvreté", a déclaré le Ministre
marocain des Affaires Etrangères Taieb Fassi Fihri aux journalistes
présents à Luxembourg.
Aux termes de cet accord, le Maroc est moins qu'un membre, mais plus qu'un partenaire de l'Union Européenne.
Cet
accord sur le statut ouvre la voie à un "espace économique commun" basé
sur les règles de la Zone Economique Européenne, un accord de libre
échange très approfondi couvrant de nouveaux domaines tels que les
droits de propriété intellectuelle, les mouvements de capitaux et le
développement durable, l'accès du Maroc aux agences de sécurité
européennes et aux opérations de gestion de crise, ainsi que des
sommets politiques réguliers entre l'Union et le royaume.
Comme
l'a déclaré M. Fihri, ce nouveau statut donne au Maroc "tout sauf les
institutions". L'Europe cherchait un modèle sur lequel elle puisse
pratiquer les réformes politiques, économiques et des droits de
l'Homme, explique Manar Slimi, professeur de science politique à
l'Université Mohammed V.
"Le Maroc a été choisi parce
qu'il est le pays le plus avancé dans le Maghreb Arabe", a-t-il
expliqué à Magharebia. "Il connaît un certain dynamisme économique, des
réformes politiques sont mises en place, bien qu'elles n'aient pas
encore atteint tous leurs objectifs, et il existe un mouvement des
droits de l'Homme qui, en dépit des critiques qui lui sont adressées,
est le plus développé comparé aux autres pays du Maghreb arabe."
Pour
la plupart des sujets du royaume, l'avantage de la décision de cette
semaine est facile à cerner ; le Maroc pourra attirer plus
d'investissements européens et la coopération en matière de sécurité
connaîtra également des résultats tangibles.
Mais pour le gouvernement, la tâche pourrait ne pas être aussi simple.
"Le
statut avancé est considéré comme un privilège par le Maroc, mais en
même temps, il crée un ensemble d'engagements, pour ne pas dire de
complications. Le Maroc doit maintenant engager un train de réformes",
a expliqué M. Slimi.
"Au niveau politique, des réformes
doivent être introduites dans les institutions. Au plan économique, le
Maroc doit montrer plus d'ouverture, à un moment où le monde connaît
une crise financière."
Cet accord de statut présente en
outre un autre problème, selon la présidente de l'Association Marocaine
des Droits de l'Homme.
"Le Maroc et l'Union Européenne ont signé des accords économiques
qui ne prennent pas en compte les obligations du Maroc en matière de
droits de l'Homme", a déclaré Khadija Ryadi à Magharebia.
"Dans
ce statut avancé accordé par l'Union au Maroc, les Européens n'ont pas
voulu faire de cet accord un mécanisme qui impose au Maroc de
reconnaître ses obligations, de les intégrer dans la loi et de les
respecter", a-t-elle ajouté.
Et de conclure : "La lutte pour les droits de l'Homme ne passe pas par l'UE ; c'est une affaire intérieure."
Le
Parti Démocratique Amazigh a également demandé aux Européens de
reconsidérer la demande du Maroc pour le statut avancé, faisant état de
préoccupations selon lesquelles le pays ne respecte pas ses obligations
en matière de droits de l'Homme.