A contre-courant et en dépit du bon sens, le député communiste de Seine-Maritime, Jean-Paul Lecoq, a organisé le 19 juin à l’Assemblée Nationale française,
une rencontre sur le Sahara en présence d’une délégation du Polisario.
Cette initiative très contestée et pour le moins contestable a été, dès
son annonce, jugée « inappropriée » par le député Axel Poniatowski
(UMP) et qualifiée de « cavalière » par la députée Marietta Karamanli
(PS). Ainsi, et pour la énième fois, le Polisario est échec et mat.
Un débat sur mesure, à sens unique
Le député est le représentant de la Nation tout entière. A
l’Assemblée nationale il « agit et parle au nom de l’intérêt général et
non pas au nom d’un parti politique, d’un groupe d’intérêt ou d’une
région ».
Partant de ces principes fondamentaux une première question
s’impose : L’organisation par un député d’une rencontre à l’Assemblée
Nationale au profit d’un groupe de séparatistes est-elle une initiative
qui sert l’intérêt général ou qui privilégie l’intérêt partisan ?
A priori, Jean Paul Lecoq en sa qualité de Maire de Gonfreville
l’Orcher est libre d’inviter à sa Mairie de la banlieue havraise qui il
veut, même des séparatistes. Personne ne verrait quoique soit à redire,
sauf ses électeurs. Mais, inviter en sa qualité de député des
séparatistes du Polisario à une rencontre organisée à l’Assemblée
Nationale, lieu par excellence de la démocratie française, voilà une
« bévue » qu’il aura du mal à faire oublier de sitôt.
Comble de l’ironie et de la désinvolture, Mr J.P Lecoq a offert aux
séparatistes un débat sur mesure où les règles les plus élémentaires de
courtoisie, d’objectivité et de bienséance qu’impose tout débat
démocratique ont été superbement ignorées. Soupçonnés de sympathie avec
le Maroc des journalistes, des observateurs, des responsables d’ONG et
des universitaires, invités officiellement à participer aux débats, ont
été insultés et bousculés sans ménagement à l’entrée de la salle de
réunion . Ceux qui ont réussi à déjouer la surveillance ont vu leur
matériel (cassettes, micros) dégradé et leur travail contrarié.
Et comme si cette attitude anti-démocratique ne suffisait pas à
garantir aux séparatistes du Polisario un débat sur mesure, les
organisateurs ont tout mis en œuvre pour verrouiller les débats. Ces
derniers n’ont pas tardé à prendre dès leur ouverture une orientation
tendancieuse et une direction unique sous la forme d’une suite
d’interventions monocordes faites de contres vérités manifestes, qui se
caractérisent par un manque d’objectivité flagrant et une
méconnaissance profonde du dossier du Sahara.
Ce semblant de débat et ces interventions théâtralisées se sont
déroulés sous l’œil vigilant et inquisiteur de Mr Pierre Galand, député
Belge, qui s’est chargé de censurer les questions écrites
contradictoires et de décourager les orateurs (les traitant d’agents du
gouvernement marocain) qui ne partageaient pas la façon dont les débats
étaient menés.
C’est finalement à une démonstration étrange et à une conception
très particulière de la diversité, de la courtoisie et de la liberté
d’expression que les participants ont été conviés.
Est-ce cela la « façon moderne et ouverte de militer » dont s’est
vanté le député Jean-Paul Lecoq au soir de sa victoire aux élections
législatives de juin 2007 ? « Nos adversaires ont tenté de ressortir
les clichés anticommunistes. On a fait la démonstration (…) que nous
pouvions être communistes et rassembleurs de gens différents » a
affirmé Mr Lecoq à l’occasion d’un entretien accordé au Journal
communiste l’Humanité (entretien réalisé par Ludovic Tomas le 19 juin
2007). « Le PCF d’aujourd’hui, a une façon moderne et ouverte de
militer, d’agir avec la population dans sa diversité » a-t-il poursuivi.
Un an plus tard, jour pour jour, Mr le député J.P Lecoq a fait tout
le contraire de ce qu’il annonçait le jour de son élection à la
députation. Il reçoit le 19 juin 2008 à grand renfort de publicité les
membres d’une organisation séparatiste, le Polisario, dont MM Mahfoud
Ali Beiba et Mohamed Sidati, mais interdit formellement à la partie
adverse, aux « marocains », l’accès à la salle de réunion.
Ce qui au fond a rendu la situation malaisée, pour ne pas dire
malsaine, c’est le fait de voir ce 19 juin des députés tels que MM
François Loncle, Yves Cochet, Jacqueline Fraysse, Patrick Braouzec,
Daniel Paul, servir de caution et d’alibi à une pareille opération de
pure propagande politique. Le zèle dont a fait preuve à l’occasion de
cette rencontre Pierre Galland n’a fait que confirmer cette hostilité
systématique aux thèses marocaines et montrer une méconnaissance
manifeste d’un dossier complexe dont la résolution nécessite une
approche plus pragmatique et plus sérieuse.
Une attitude de pyromane
En réalité, l’initiative du député communiste Jean-Paul Lecoq pose
plus d’interrogations qu’elle n’apporte de réponses. Certains députés
la considèrent à juste titre comme « cavalière » et « inappropriée » et
des journalistes la qualifient de non-événement. Mais, ce n’est pas une
raison suffisante pour accorder au député communiste (ou à Pierre
Galand) une quelconque circonstance atténuante car son initiative est
dangereuse et à ce titre condamnable.
Mr Le député Jean Paul Lecoq en favorisant des thèses séparatistes
et radicales et en offrant une telle tribune à ces mêmes séparatistes,
joue le rôle d’un pompier pyromane qui jette de l’huile sur le feu tout
en sonnant le tocsin…
En faisant siennes leurs thèses, en les accueillant à l’Assemblée
Nationale il souffle en effet sur les braises et sème les graines de la
tension dans une région, le Grand Maghreb, qui a besoin de stabilité,
d’union et de paix pour réussir son intégration régionale et relever
les défis que lui imposent aujourd’hui le projet de l’Union pour la
Méditerranée et la mondialisation galopante..
Il n’est donc pas inutile de s’interroger sur les vraies raisons qui
l’ont conduit à organiser une telle rencontre dans une enceinte
parlementaire.
Que cherche-t-il vraiment à prouver ?
Se refaire une santé politique, se donner une stature de
« révolutionnaire » sur le dos d’un dossier complexe qui grâce aux
initiatives et aux efforts du Maroc se trouvent aujourd’hui dans une
phase plus positive ?
Cherche t-il à donner à des séparatistes aux abois une légitimité internationale ?
Pourquoi n’a-t-il pas permis aux adversaires des thèses séparatistes
de questionner MM Mahfoud Ali Beiba et Mohamed Sidati, sur le sort des
familles séquestrées dans les camps qu’ils dirigent ou sur le drame des
enfants envoyés à Cuba comme le montre le rapport annuel 2008 du Comité
américain pour les réfugiés et les immigrés (USCRI) ?
Le député Jean Paul Lecoq s’est-il inquiété, ne serait ce-que
quelques instants au cours de cette rencontre, du problème du
détournement de l’aide alimentaire internationale à des fins
mercantiles et du danger que représentent les trafics de tout genre qui
sévissent dans les zones contrôlées par le Polisario ?
A-t-il demandé, même en aparté, à Mahfoud Ali Beiba et Mohamed
Sidati, des comptes sur leur responsabilité dans les violations des
droits humains de milliers de familles retenues contre leur gré à
Tindouf et empêchées de retourner à leur mère patrie le Maroc ?
De quelle légitimité ces mêmes Mahfoud Ali Beiba, Mohamed Sidati et
consorts se sont-ils proclamés pour venir à l’Assemblée Nationale, lieu
par excellence de la représentation française, pour parler au nom du
« peuple sahraoui » qu’ils oppriment et affament depuis trois
décennies ?
Rien de tout cela n’a été dit ou suggéré au cours des débats
organisés par Mr Jean Paul Lecoq et verrouillés par Pierre Galand ce 19
juin à l’Assemblée Nationale.
La vérité c’est que ces personnes auxquelles le député communiste a
offert une tribune prestigieuse ne représentent qu’elles mêmes. Leurs
ordres, leurs soldes et leurs missions, ils les tiennent et les
reçoivent d’ailleurs, des terres algériennes.
La vérité c’est que l’initiative marocaine d’octroyer aux provinces
du Sud marocain une large autonomie a déjoué tous les plans des
séparatistes du Polisario et leurs alliés.
La vérité c’est que le camp des séparatistes se fissure chaque jour
un peu plus et que de nombreux membres du Polisario ont regagné ou
tentent de retrouver leur mère patrie.
Par conséquent, les parlementaires qui ont cautionné la présence
d’une délégation du Polisario à l’Assemblée Nationale devront assumer
un jour, devant l’opinion publique française d’abord, les conséquences
politiques de leur initiative malheureuse et de leur « bévue »
incroyable.
Ces mêmes parlementaires et à leur tête Mr Lecoq qui déclare le 19
juin 2007 « agir avec la population dans sa diversité » ont aujourd’hui
une obligation morale à l’égard de tous ceux, universitaires,
journalistes, observateurs et responsables d’ONG qui ont été maltraités
et empêchés d’assister à la rencontre du 19 juin 2008. La moindre des
politesses serait de leur accorder un droit de réponse dans la même
enceinte parlementaire.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire et une faute avouée est à moitié pardonnée.