Le Maroc se construit un nouvel avenir économique. A toute vitesse.
C'est l'événement people du mois.
Le soir du 8 mai, 150 invités débarquaient d'un avion privé pour
assister au mariage de Jamel Debbouze et de la journaliste Mélissa
Theuriau : soixante-douze heures de fête dans la propriété de cinq
hectares que l'humoriste possède à Marrakech, dans le quartier très
chic de Targa. Le couple aurait été reçu pour l'occasion par le roi
Mohammed VI, dont le jeune marié est un proche.
Riads, fêtes, célébrités : le Maroc s'affiche en couverture des
magazines. Quand ce ne sont pas Jamel et Mélissa qui convolent à
Marrakech, ce sont Cécilia et Richard qui se baladent en amoureux à
Fès, dont Richard Attias, le nouveau mari de l'ex-madame Sarkozy, est
originaire. Le roi lui-même, fan de Jet-Ski, amoureux des coupés
Mercedes et ami de Johnny, cultive volontiers cette image un peu
bling-bling.
Bien
sûr, le Maroc est loin de se résumer à ce tableau d'opulence et
d'excès. D'abord parce que la pauvreté, bien qu'en régression, y
demeure préoccupante, surtout dans les campagnes. Ensuite, parce que le
royaume chérifien reste une monar chie traditionnelle : pas question
pour l'héritier de la dynastie alaouite, commandeur des croyants, de se
transformer en roi «moderne» à la Juan Carlos (lire son portrait page 72).
Il n'empêche, bien plus que son père, Hassan II, «M 6» se comporte en
président du conseil de surveillance de son pays, surveillant de près
la privatisation de Maroc Telecom ou la réalisation du plan Azur, qui
vise à accueillir au Maroc 10 millions de touristes à l'horizon 2010. A
cette date, le tourisme devrait représenter 20% du PIB marocain. Six
stations balnéaires sont en construction, et les groupes français
comptent bien profi ter de ce boom. Accor, qui gère déjà 27 hôtels dans
le pays, y a une quarantaine de projets de développement, tandis que
Lucien Barrière ou Pierre & Vacances y font, en 2008, leurs
premiers pas.
Un enrichissement qui profi te d'abord aux plus aisés
Projets
pharaoniques L'explosion
touristique a contribué à un boom immobilier sans précédent. Amplifi é
par la croissance démographique et une urbanisation accrue, il touche
toutes les grandes villes : Mar rakech (lire notre reportage pa ge 64),
Essaouira, Casablanca, Tanger ou Rabat. Pour la première fois en 2007,
le Maroc a franchi la barre des 120 000 logements. Certains commencent
à craindre l'éclatement de la bulle. Ahmed Taoufiq Hejira, le ministre
de l'Habitat, se veut rassurant : «Le pays doit résorber un défi cit cumulé de 640 000
logements.» Le patron d'un groupe touristique français n'en est pas si sûr : «La surchauffe viendra de l'immobilier, notamment à
Marrakech.» Les stations balnéaires du plan Azur ne sont pas les seuls projets pharaoniques du royaume. A la porte de la
Méditerranée, le gigantesque port de Tanger Med a ouvert partiellement ses portes (lire notre reportage page
70).
A proximité, la zone franche s'étale à grande vitesse : Renault-Nissan
a prévu d'y installer une usine d'où devraient sortir 200 000 véhicules
dès 2010. Autre priorité stratégique : l'offshoring. Plus de 22 000
emplois ont déjà été créés dans le domaine des centres d'appels, et des
milliers d'autres dans les services financiers, administratifs, ou dans
l'industrie de l'information. A Casablanca, la plateforme de
Casanearshore commence à accueillir ses premiers locataires. Non loin,
un «aéropole» regroupe une cinquantaine de sociétés aéronautiques, dont
Safran et EADS. Vivendi, Bouygues, Lafarge : les entreprises françaises
jouent gros dans ces multiples développements.
Fracture sociale Les
retombées de ces projets ? Elles ne sont pas les mêmes pour tous. Il
suffi t d'aller sur la colline d'Anfa, le quartier chic de Casa où se
sont ouvertes des boutiques Cartier et Dior, et où subsistent des
bidonvilles. «Le Maroc vit à deux vitesses, rappelle Mohammed Madani, politologue à l'Université de Rabat-Agdal. Une classe de
nouveaux riches a profité de l'ouverture du pays et du boom immobilier. A
l'inverse, la classe moyenne n'arrive plus à se loger et entretient un
mécontentement diffus dans la société.»
Permettre aux Marocains de s'enrichir en limitant la fracture sociale :
le roi doit trouver le juste équilibre, sauf à attiser les braises de
l'islamisme. Un exercice plus difficile que le Jet-Ski au large
d'Agadir.