Le Maroc met en place une autorité de lutte contre la corruption
CourrierCasablanca.com | 28-08-2008
Les responsables politiques marocains et ceux de la société civile ont
accueilli favorablement la création d'une nouvelle autorité chargée de
la lutte contre la corruption
au Maroc, mais se disent méfiants quant à
son indépendance vis-à-vis du gouvernement.
L'Autorité Centrale pour la Prévention de la Corruption, autorisée
pour la première fois par décret l'an dernier, mais qui n'avait pas
encore vu le jour, est sur le point de devenir une réalité, avec la
nomination par le Roi Mohammed VI de M. Abdesselam Boudrar, l'un des
membres fondateurs de Transparency Maroc, au poste de directeur.
Dans
son discours du 20 août dernier, le souverain avait demandé au
gouvernement de travailler activement à ce que cette instance devienne
une réalité. "Dans nos efforts pour nous assurer que les affaires
publiques sont conduites dans le respect des normes d'éthique, nous
devons aujourd'hui mettre en place une Autorité Centrale pour la
Prévention de la Corruption… Chacun d'entre nous doit rester vigilant
et déterminé, se conformer aux lois et à l'autorité d'une institution
indépendante, et faire usage des mécanismes de surveillance et de
responsabilité pour mettre un terme à l'impunité et lutter contre les
comportements corrompus et frauduleux", avait déclaré le Roi.
Aux
termes du décret de mars 2007, cette nouvelle instance sera chargée de
surveiller et de collecter des informations sur la corruption, et de
coordonner les politiques de lutte anti-corruption. Composée de
représentants de différents ministères et organismes, elle devra
répondre devant le Premier Ministre.
Bien qu'elle ait
été saluée par nombre de responsables politiques et personnalités de la
société civile, certains critiquent néanmoins le manque d'indépendance
de cette instance vis-à-vis du gouvernement.
Le
secrétaire général de Transparency Maroc Rachid Filali Meknassi a
déclaré à Magharebia qu'il était maintenant essentiel de mettre en
place cette instance, afin de pouvoir traiter le phénomène endémique de
la corruption. Il a par ailleurs indiqué que l'annonce du Roi avait été
un signal politique clair adressé au gouvernement pour qu'il pèse de
tout son poids dans ces efforts de lutte.
M. Meknassi a souligné que cette autorité aurait un rôle purement
consultatif : "Son objet n'est pas de déclencher des procédures légales
ni de lancer des enquêtes."
"J'espère que cette
instance ne sera pas un simple forum de discussion, mais un organisme
capable d'apporter des solutions concrètes", a-t-il ajouté. Le
président de la Commission pour la Justice et la Législation de la
Chambre basse du parlement a pour sa part indiqué que l'affiliation de
cette instance au cabinet du Premier Ministre l'empêchera de mener
efficacement sa mission à bien. "Il est impératif que cette autorité
soit indépendante, afin qu'elle puisse se pencher sur tous les cas de
corruption, aussi sensibles qu'ils puissent être", a déclaré Mohamed
Ansari.
La députée et avocate Fatima Mustaghfir a
expliqué à Magharebia qu'à moins de consolider les efforts de tous les
acteurs de la société, cette nouvelle instance ne sera pas en mesure de
lutter contre le phénomène croissant de la corruption dans la culture
marocaine. "Nous devons initier une vaste campagne dans les médias
visant à modifier les attitudes des gens et à les sensibiliser aux
dangers de la corruption. L'annonce par le Roi lui-même de la création
de cette autorité est un signe de l'ampleur du phénomène. Toutes les
institutions nationales doivent s'unir pour mettre un terme à ce
problème", a-t-elle déclaré.
Le Maroc se trouve
toujours dans les dernières places de l'Indice de Perception de la
Corruption de Transparency International, même si sa position s'est
légèrement améliorée en 2007, passant de la 79ème à la 72ème place sur
179 pays passés au crible par cette ONG.