Le Coran et les plantes peuvent-ils soigner le cancer et le sida ?
CourrierCasablanca.com | 27-06-2008
Trois grands guérisseurs ont marqué les esprits au Maroc ces derniers temps. Selon eux, le Coran, les plantes, ou seulement "la Baraka"
permettent de tout guérir, y compris le cancer et le sida. Il s’agit du
Yéménite Zendani, du Jordanien Hachimi (tous deux venus récemment au
Maroc) et du Marocain - célèbre à Skhirate - Mekki... Dossier.
Un « docteur » qui prétend soigner le Sida ou le
cancer est un charlatan qui, comme beaucoup d’autres, « médecins ou
gourous de petites sectes », profite du désespoir des patients atteints
de maladies mortelles. La plupart de ceux qui recourent à ces faux
soigneurs sont analphabètes et sans moyens pouvant leur permettre
d’avoir la thérapie adéquate. C’est là le principal argument avancé par
des adeptes de la médecine moderne contre les guérisseurs qui
prétendent soigner des malades atteints du sida, du cancer... C’est la
même appréciation qui a été portée par des associations marocaines sur
Abdelamjid Zendani. Le pharmacien et fkih yéménite qui jure à qui veut
l’entendre avoir trouvé un médicament pouvant guérir les malades du
sida. Des sidéens marocains se disent même prêts à se déplacer jusqu’au
Yémen pour rencontrer le fkih sauveur dans son université de foi
(jamiât al imane) afin qu’ils puissent recevoir son traitement. Pour ce
faire, ils attendent toujours d’avoir le visa.
L’un d’eux a déjà effectué un premier déplacement chez
Zendani, l’a rencontré, mais n’a pas été soigné (lire l’interview avec
Jamal Khalid).
En Jordanie, Mohamed Hachimi est un autre guérisseur
qui prétend, lui aussi, pouvoir vaincre le cancer et bien d’autres
maladies graves par la médecine traditionnelle ou alternative (des
plantes). Ou simplement par la récitation du Coran. C’est ce qu’il
appelle « Rokia ». Ce « docteur » s’est même créé une chaîne de
télévision pour bien se faire de la pub. Ce qui lui assure une large
audience et... de nombreux clients. M. Hachimi effectue des
déplacements d’un pays à l’autre pour recevoir ses patients. Lors de
son récent passage à Rabat, de longues files de malades l’y attendaient.
L’autre phénomène, bien de chez nous celui-là, concerne
Mekki Torabi. Lui, sans recours à aucun médicament, prétend pouvoir
soigner ses patients par un « pouvoir surnaturel » qu’il effectue même
à distance. Nul besoin pour lui d’une quelconque pub, à Skhirat (à
quelques kilomètres de Rabat) où il est établi, une foule immense vient
chaque jour d’un peu partout du Maroc et même d’ailleurs solliciter sa
baraka pour combattre un cancer, une tuberculose, une hépatite...
Certains patients sacrifient parfois leur traitement
médical pour recourir à cette médecine alternative en laquelle ils ont
une foi aveugle. Ce que certains d’entre eux découvrent, souvent trop
tard, c’est qu’ils sont de pauvres dindons d’une farce habilement jouée
par de véreux charlatans.
Abdelamajid Zendani sollicité par des Marocains
Un groupe de cinq personnes cherche des visas afin
qu’il puisse se rendre au Yémen. Ce groupe veut à tout prix rencontrer
Abdelmajid Zendani, pour se soigner du sida. A. Zendani, le président
du Conseil international du « miracle scientifique du Coran » et ex-
parlementaire yéménite affirme avoir trouvé « un miraculeux médicament
contre le sida ».
« L’inventeur » a fait parler de lui en novembre
dernier, lors de la tenue au Koweit de la conférence internationale
scientifique islamique, organisée par la Commission internationale pour
les miracles scientifiques dans le Coran. Là, avec un groupe de
scientifiques yéménites, Cheikh Zendani a annoncé avoir réalisé des
avancées spectaculaires dans la lutte contre le VIH Sida. Mieux, il a
clairement annoncé qu’il venait de découvrir le remède qui guérit cette
maladie jusque là incurable.
En décembre, une délégation de sidéens, parmi eux l’un
des membres de l’association Annahar (faisant partie du groupe des cinq
désireux de se rendre au Yémen) qui se trouvait à Sanaa, au Yémen, a
rendu visite à l’université Al Imane (foi) où est installé Zendani. Ce
dernier leur a présenté un exposé sur sa découverte et les a invités à
venir se soigner (lire entretien avec Khalid Jamal).
Selon Zendani et son équipe, durant une année, des
patients atteints du VIH Sida auraient été traités avec l’extrait d’une
plante dont les chercheurs n’ont pas souhaité divulguer le nom mais
qui, selon eux, fut recommandée par le Prophète de l’islam.
Sur un groupe de 13 patients suivis par l’équipe, 10
auraient complètement guéri. Pour les trois autres patients, le virus
aurait diminué de 30 à 50%.
Il est à signaler que les Etats-Unis lient le nom de
Zendani à celui d’Oussama Ben Laden, parce que ce dernier avait suivi
beaucoup de ses conférences en Arabie Saoudite. Abdelmajid Zendani fait
actuellement partie des personnes qualifiées de terroristes par les USA.
Après l’annonce de la découverte du remède du sida, le
président Yéménite, Abdellah Saleh puis le fils de Moamar Kadafi, Sayf
Al islam, ont rendu visite à Zendani. C’est alors que ce dernier aurait
reçu plusieurs offres de laboratoires lui proposant de commercialiser
ce médicament. Mais il a refusé la proposition de peur, dit-il, que la
formule du médicament lui soit volée. Certains ont même laissé entendre
qu’il aurait mis à profit son invention pour demander à des laboratoire
américains de faire pression sur les USA pour que son nom soit retiré
de la liste des terroristes. A d’autres laboratoires, il aurait exigé
que le médicament soit commercialisé à un faible prix dans les pays en
voie de développement.
Les associations de lutte contre le sida, notamment
l’ALCS et l’Association Marocaine des Jeunes Contre le SIDA (AMJCS)
estiment que c’est un charlatan qui profite du désespoir des malades.
Les membres de l’association Annahar restent les seuls au Maroc qui
tiennent à vouloir aller essayer le « médicament miracle » de Zendani.
Entretien avec...
Khalid Jamal, atteint de sida et président de l’association Annahar :
« Qu’on nous laisse partir au Yémen et on verra si le traitement de Zendani est bidon ou pas »
Khalid Jamal est atteint du sida. Il est le président
de l’association Annahar qui regroupe des personnes atteintes du sida.
Il s’était rendu au Yémen et en était revenu avec l’idée d’y retourner
accompagné d’autres membres de son association pour se faire soigner
par Abdelmajid Zendani.
Dans cet entretien, il explique comment il a rencontré Zendani, ce qu’il pense de son médicament, ce qu’il a vu au Yémen...
Comment êtes vous entrés en contact avec Abdelmajid Zendani ?
Nous avions pris part à un meeting organisé par le
fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
tenu à Sanaa au Yémen avec la participation de plus d’une vingtaine de
délégations ministérielles (représentés par les ministères de la santé,
des ONG,...). Là tout le monde a entendu parler de la nouvelle de la
découverte annoncée par Abdelmajid Zendani sur la chaîne Al Jazeera.
L’un des représentants de Zendani nous a ensuite invité
à nous rendre à l’université « Al Imane » (la foi) pour constater de
plus près sa découverte.
Le lendemain, une délégation de toutes les personnes
atteintes par le VIH (virus du sida) a visité les lieux pour se rendre
compte qu’il y a effectivement un centre de soins dans cette université
de foi. Nous avons constaté qu’il y avait environ trois cent personnes
hospitalisées entre atteints de sida et du cancer de sang (leucémie).
J’ai rencontré moi-même une dizaine de personnes qui
s’apprêtaient à rentrer chez elles : des Saoudiens, des Emiratis... Ces
personnes étaient guéries. Elles paraissaient en bonne forme.
Après la prière d’Al Maghreb (crépuscule), Abdelmajid
Zendani est venu et a exposé comment il a découvert le médicament. Il
nous a expliqué, accompagné de trois médecins, dont son fils, que
c’était un médicament qui a été essayé cliniquement et qui a donné de
bons résultats. Ils nous a affirmé qu’aucun effet secondaire n’a été
relevé contrairement aux autres médicaments utilisés jusqu’à présent.
Le remède proposé par Zendani est composé, selon lui,
de « Tib nabaoui » (médecine du prophète), une forme de médecine
traditionnelle à base d’herbes...
Pourquoi ne vous a-t-il pas traité vous ?
D’abord parce que nous avions rendu une simple visite à
son centre pour avoir des explications et nous assurer de la véracité
de la découverte.
Zendani s’est excusé de ne pas pouvoir nous donner le
médicament (à emporter) parce qu’il craint, dit-il, que sa découverte
soit exploitée par des laboratoires. Si des laboratoires arrivent à
commercialiser ce médicament, ils vont essayer d’en tirer profit et de
le rendre inaccessible aux malades pauvres.
Mais, il nous a dit que nous étions, nous et tous les
malades, les bienvenus pour venir nous faire soigner gratuitement. A
condition de nous prendre, nous-mêmes, en charge : hébergement,
nourriture, transport... Car, les 300 lits dont il dispose sont déjà
occupés par d’autres patients.
Zendani vous a-t-il expliqué comment il procède pour le traitement de ses malades sidéens et combien cela prend-il de temps ?
Il nous a expliqué que les malades qui sont récemment
atteints du VIH peuvent être guéris en 45 jours de traitement. Tandis
que ceux qui sont atteint du virus du sida depuis des années, ceux-là
peuvent être guéris au bout de trois mois.
C’est pour cela que vous tenez à vous faire soigner par lui ?
Quand nous sommes revenus de notre voyage organisé par
le fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le
paludisme, j’ai raconté ce que j’ai vu dans l’université de la foi aux
membres de mon association, Annahar. Avec quatre membres de
l’association nous avons alors décidé de nous rendre au Yémen pour nous
soigner et revenir pour envoyer d’autres malades.
Au début du mois de mai, nous sommes allés à
l’ambassade du Yémen pour demander des visas. Nous avons été bien
accueillis et nous avons déposé nos dossiers. On nous a demandé de
revenir dans une quinzaine de jours. Quand je suis revenu, les
responsables de l’ambassade m’ont montré les passeports qui portent les
visas. Mais, ils m’ont dit : « nous attendons une réponse des pouvoirs
publics du Yémen concernant la prise en charge de votre
hébergement... ». Puis une deuxième fois, ils nous ont dit de nous
référer à notre ministère de la santé qui n’a rien fait pour nous aider.
Par ailleurs, nous avons appris que d’autres sidéens
issus d’autres pays qui ont essayé de se rendre au Yémen pour se
soigner ont été empêchés de s’y rendre (Egyptiens, Libanais...). Ils
n’ont pas pu non plus obtenir le visa, sans qu’aucune explication ne
leur ait été donnée.
Lors de ma première visite au Yémen j’ai pu avoir mon visa sans aucun problème.
Et comment expliquez-vous ce refus ?
Je crois, comme l’explique Abdelmajid Zendani lui-même,
que c’est à cause de l’intervention des USA qui ne veulent pas que
l’information concernant Abdelmajid Zendani et ses soins prenne de
l’ampleur. Zendani est déclaré persona non grata par les USA. Il est
même recherché par la CIA.
Pourquoi votre association est-elle la seule qui croit en le médicament d’Abdelmajid Zendani ?
Les autres ne peuvent pas en juger car ils n’ont rien
fait pour voir de quoi il s’agissait réellement. Mais aussi parce
qu’elles craignent pour leur gagne pain. C’est évident, s’il y a un
médicament qui guérit les sidéens, elles vont disparaître. C’est la
même chose pour les médecins concernés... Nous ne demandons qu’une
seule chose, c’est qu’on nous laisse partir tester ce traitement et
nous saurons tous si c’est un vrai remède ou un placebo.
Mohamed Hachimi : Docteur ès charlatanisme
Des dizaines de
malades défilent devant la réception de ce grand hôtel de Rabat. Ils
demandent tous à voir le docteur Mohamed Hachimi, le propriétaire de la
chaîne de télévision Al Hakika, qui était en visite au Maroc...
Si des cancéreux et des sidéens savent que le docteur
jordanien Mohamed Hachimi est en visite au Maroc, c’est parce qu’il a
lui-même pris le soin de l’annoncer sur sa chaîne de télévision, Al
Hakika. Ce docteur se dit hors du commun. Il se présente comme étant
capable de guérir des maladies incurables, dont les cas les plus
désespérés de cancer, d’hépatite C. Sa « potion magique » : des
médicaments à bases de plantes, des « rokya » (la lecture du Coran sur
le malade ou sur un produit qu’il lui administre), la lecture de
certaines sourates du Coran...
Grâce aux opérations marketing qu’il sait si bien mener
pour faire connaître ses « dons », partout où il se déplace, il est
assuré d’avoir des centaines de patients qui croient en ses miracles.
Parmi les patients qui cherchaient à recevoir ses soins lors de sa
visite au Maroc, certains étaient des cancéreux en stade terminal. Ils
s’accrochaient au moindre espoir de se voir débarrassés de leur
maladie. Des employés de l’hôtel où Mohamed Hachimi s’est installé à
Rabat affirment : « au début, le docteur assurait gratuitement les
consultations. Puis, très vite, le prix de la visite et des médicaments
qui vont avec a été fixé à 5000 dirhams ».
« Quand le docteur a réalisé qu’il y avait trop de
clients, il leur a demandé de lui expliquer par lettre leur mal et de
lui laisser leurs coordonnées. Il a promis de répondre à toutes les
lettres reçues et même d’envoyer, par poste, le médicament adéquat »,
souligne la même source.
De retour en Jordanie, Mohamed Hachimi a fait passer
cette annonce sur sa chaîne : « nous déclarons au peuple marocain que
nous allons trier ses lettres et nous allons y répondre ». Ce qu’il
n’annoncera pas, c’est que ses services, même à distance, sont
également payants et très chers. Le docteur ne rate aucune occasion de
développer son commerce.
Les astuces de Hachimi
Mohamed Hachimi est fort en communication. Il trouvait
toujours le moyen de se faire de la pub à travers plusieurs chaînes
arabes de télévision. C’est ce qu’il lui a assuré la célébrité dans
tout le monde arabe. Il savait si bien appâter tous les patients
désespérés qui voyaient en lui leur sauveur. Dès qu’il a été, pour la
première fois, piégé par un animateur qui a fait intervenir l’une de
ses victimes, il a vite fait de monter sa propre chaîne cathodique et
l’a nommée « Al Hakika » (la vérité). A travers sa télévision, il se
met au centre de tous les programmes, de toutes les émissions. Il
veille à faire passer, en boucle, des témoignages de certaines
personnes présentées comme d’anciennes cancéreuses ou des malades qui
étaient à l’article de la mort. Tous affirment avoir recouvré leur
bonne santé grâce à lui.
De plus en plus, nombreuses sont les voix qui s’élèvent
pour crier à l’escroquerie. « Al Halika n’est qu’un outil de
propagande », peut-on lire dans différents sites internet qui s’en
prennent au « faux guérisseur ».
Mohamed Hachimi se plait à mettre en avant sa
nationalité jordanienne. Pourtant, nombreux sont ceux qui l’ont côtoyé
qui révèlent qu’il est d’origine saoudienne. Il prétend également
détenir des autorisations délivrées par le ministère de la santé
jordanien pour exercer. Il prétend aussi avoir obtenu des autorisations
des Emirats Arabes, de l’Arabie Saoudite et du Sultanat d’Oman. Du
reste, il avance avoir obtenu un diplôme de la médecine alternative
d’une université américaine. Ce qui a été démenti par les Américains et
met en doute toutes ses autres affirmations. En Jordanie, où il est
installé et d’où il diffuse sa « Hakika » (la vérité), M. Hachimi a
créé un centre de soin : « le centre Hachimi pour les médicaments à
base de plantes ».
Mais, le ministère jordanien de la santé a diffusé un
communiqué où il mettait en garde « ceux qui recourraient aux soins de
ce charlatan ». Le même ministère n’autorise pas la commercialisation
des produits préparés par le centre Hachimi. Il considère les annonces
louant les bienfaits de ce centre comme mensongères et souligne que les
préparations à base de plantes enregistrées et autorisées par le
ministère sont celles vendues dans les pharmacies...
Au Maroc, les autorités n’ont pas réagi. La société civile non plus...
Hachimi remercie le Roi
D’une manière subtile, Hachimi laisse croire qu’il est
soutenu par des chefs d’Etats. A l’issue de chaque visite dans un pays,
il diffuse sur sa chaîne des remerciements aux chefs d’Etat du pays
qu’il a visité. Et ce, en mettant sa propre photo à côté de la photo du
chef d’Etat. C’est ce qu’il a également fait après sa visite au Maroc.
Des mots de remerciement et de reconnaissance, c’est ce qu’il diffuse à
longueur de journée sur sa chaîne.
Mekki Torabi soigne par « bluetooth »
« Le guérisseur de Skhirat fait des miracles, il soigne
même le cancer, l’hépatite, le diabète... ». Cette publicité est
véhiculée de bouche à oreille dans tout le Maroc. C’est ce qui permet à
Mekki Torabi que certains appellent plus affectueusement Ba Mekki (Père
Mekki) ou encore Chérif (descendant du prophète), d’avoir un nombre
toujours de plus en plus croissant de clients. Ces derniers viennent
des quatre coins du royaume pour solliciter sa baraka. Ils constituent
chaque jour une interminable file d’attente devant la résidence du
guérisseur, en attendant son apparition.
Parce qu’il ne peut plus « soigner » tout ce monde par
son habituel toucher de la main qu’il passait sur le malade et sur une
bouteille d’eau, Mekki change de méthode. Sa technique devient encore
plus simple. Il se contente désormais d’envoyer, de loin, ses ondes aux
patients attroupés devant lui. C’est comme s’il leur transmettait sa
baraka par « bluetooth ». Il invente ainsi un système inédit de
guérison par télépathie.
A ses débuts, Mekki serrait la main à deux reprises du
malade et empoignait la bouteille d’eau apportée par ce dernier. « La
première fois, j’injecte de l’énergie au patient et la deuxième je
récupère sa maladie et sa douleur dans mon corps », expliquait-il
alors. Quelles explications pourrait-il encore trouver pour justifier
sa méthode « bluetooth » ?
Etant un riche terrien, Mekki Torabi laisse encore
croire qu’il ne reçoit pas d’argent en échange de ses services de
guérisseur. Mais chaque patient doit apporter une bouteille d’eau et
pourquoi pas des pains de sucre. Au point que Mekki est surnommé chérif
« Moul L’kaleb » (le saint au pain de sucre). A la fin de chaque
journée, les épiciers de la région viennent acheter les pains de sucre
pour les revendre, le lendemain, aux nouveaux clients de Mekki.
D’après les habitants de Skhirat, Mekki était un
fermier de la région. Il s’était retiré pendant un certain temps. Il ne
parlait avec personne, s’isolant comme s’il avait un choc psychique.
« C’est à la suite de la maladie d’un de ses proches qu’il a découvert
ses dons de guérisseur », explique, mezza voce, l’un de ses voisins.
« Mekki bluetooth » laisse croire que son bras gauche,
de l’omoplate au bout des doigts, dispose d’un don surhumain qui lui
permet de guérir les « maladies diaboliques » et des troubles
psychiques des personnes possédées par les djinns. Quid de sa main
droite ? Elle a le pouvoir de guérir des maladies physiques et non des
moindres : cancer, diabète, hépatite...
Mekki se met hors de lui à chaque fois qu’il est traité
de charlatan. « Je ne suis pas à un charlatan. Au nom d’Allah qui m’a
délégué des pouvoirs, je guéris tout, y compris le sida et les cancers.
Demandez à ces gens si je ne les ai pas sauvés. Ils viennent de
partout, même d’Israël, d’Europe et du monde musulman... », s’est-il
défendu en se confiant à l’AFP.