Diplomatie : Le torchon brûle entre le Maroc et l'Iran
CourrierCasablanca.com | 27-02-2009
Le Maroc a décidé hier 25 février de rappeler en consultation pour une semaine son chargé d'affaires à Téhéran selon une source officielle.
Cette décision est une protestation contre les « expressions
inopportunes » de l'Iran à propos du soutien de Rabat au Bahreïn, selon
le portail d'informations « Insidethegulf.com ».
Le ministre des Affaires Étrangères, Taïeb Fassi Fihri, a convoqué
mercredi l'ambassadeur d'Iran à Rabat, Vahid Al Ahmadi, pour lui faire
part de la position du Maroc de « protestation et du rappel en
consultation de son chargé d'affaires » en poste à Téhéran. Durant leur
entrevue, le chef de la diplomatie marocaine a exprimé selon la MAP, le
« vif étonnement » du Maroc au sujet de la « convocation singulière, le
vendredi 20 février, par le ministère iranien des AE, du chargé
d'Affaires à l'ambassade marocaine de Téhéran, et de son fort rejet de
certaines expressions inopportunes contenues dans le communiqué
officiel iranien. ». Le dit communiqué iranien stipulait un soutien du
Maroc à « l'unité et à l'intégrité territoriale du Bahreïn ». Comment
en est t-on arrivé à ces différentes convocations de part et d'autre?
Le Royaume du Bahreïn décidait le 18 février, d'interrompre ses
négociations avec Téhéran sur l'importation du gaz iranien à la suite
des propos d'un responsable du pays d'Ahmadinejad. Quelques jours
plutôt, Ali Akbar Nateq Nouri, responsable du bureau du Guide suprême
iranien, aurait qualifié Bahreïn de « 14ème province iranienne »
historique, notant qu'il disposait d'un représentant au Parlement. Ces
propos nuisibles ont entraîné une levée de boucliers dans le Royaume.
Le 20 février, le Roi Mohammed VI a adressé d'après « le Soir Échos »,
un message à son homologue du Bahreïn, Hamad Ibn Aïssa Al Khalifa. «Ces
déclarations abjectes à l'endroit d'un pays arabe frère et membre actif
dans son environnement régional et au sein de la communauté
internationale ont suscité notre fort étonnement et notre profonde
inquiétude » à indiqué Mohammed VI. Taïeb Fassi Fihri se rendra deux
jours plus tard dans le Golfe pour apporter un message du Roi sur ces
mêmes déclarations. L'Iran de son côté, demandera des explications sur
l'attitude marocaine en convoquant le chargé d'Affaires marocain.
Que cache donc les positions respectives des deux pays? Le Bahreïn est
peuplé majoritairement de Chiites mais est dirigé par une dynastie
sunnite. Les pays arabes sunnites sont « allergiques face un Iran
chiite arrogant et ambitieux » d'après une source anonyme citée par
« Le Soir Échos ». De plus le Royaume du Bahreïn est un allié important
des États-Unis – ennemi de l'Iran – dans la région et le siège de la
5ème flotte américaine dans le monde. Simple opposition de courants
religieux ou guerre géostratégique?
La République islamique d'Iran et le Maroc entretiennent pourtant de
bonnes relations. Sur le plan politique, l'Iran avait réaffirmé par le
biais de Vahid Al Ahmadi, il y a quelques jours, le gel de ses
relations avec le Polisario. Le pays des Ayatollahs est aussi l'un
principaux importateurs de phosphates marocains. Le hasard faisant bien
les choses, cette affaire se déclenche au moment où on parle d'un match
amical amical qui opposera en avril prochain, les Lions de l'Atlas à
l'équipe iranienne de football.