Crise des pilotes à la RAM : Les vrais desseins d’une défection collective ?
CourrierCasablanca.com | 23-07-2008
Le 3 juillet dernier, la compagnie aérienne a vécu une situation insolite et tout à fait inhabituelle qui a surpris tout le monde : le staff de la RAM et les clients furent les premiers à en payer les pots cassés.
Grève de zèle ? Chantage? Surenchère ? Action de protestation collective qui ne dit pas son nom ? L’enquête suit son cour
Les sources
institutionnelles ne pouvaient en dire plus que ce communiqué faisant
état des «services de la RAM qui ont été surpris, le 03 juillet 2008,
par un nombre anormalement important d’absences de pilotes qui ne se
sont pas présentés pour effectuer les vols pour lesquels ils étaient
programmés». Surprise de taille d’autant plus que les choses
semblaient, depuis l’avènement d’un nouveau staff acquis aux causes du
développement durable de l’entreprise et qui plaident pour une
politique de stimulation et de valorisation des ressources humaines
«volantes», «baigner dans l’huile» pour le moins qu’on puisse dire. En
attendant l’aboutissement de l’enquête diligentée pour déterminer les
tenants et les aboutissants de la défection collective des pilotes de
ligne, tout ce que l’on sait c’est que la «désertion» fut plutôt
«massive», une vingtaine de cadres du PNT qui ont décidé de ne pas se
rendre aux commandes de leur cockpit pour de supposés motifs liés à
leur état de santé. Et qui plus est, les «absentéistes» semblent s’être
accordés à annoncer, le jour même par téléphone, leur indisponibilité.
L’étonnement des dirigeants de la compagnie fut à son comble en
s’apercevant, statistiques des derniers mois à l’appui, que les
absences au sein du corps des pilotes ne dépassaient pas, en moyenne,
1’absence par jour, soit vingt fois moins que ce «drôle» de 3 juillet.
Mystère et boule de gomme
Ne s’agirait-il pas plutôt d’une «action collective» qui, pour des
desseins encore inavoués, chercherait à déstabiliser l’activité d’une
entreprise en pleine croissance, sur les deux créneaux des vols
réguliers et du low-cost ? Le choix du timing pour le «boycott» ne peut
laisser indifférent, sachant que la RAM s’est préparée à faire face aux
fortes poussées des trafics d’été et du retour des MRE tandis que la
compagnie subit de plein fouet, depuis le début de l’année, les
surcoûts pénalisants engendrés par la spirale inflationniste mondiale
des carburants. Et qui plus est, ce «débrayage intempestif» a été
provoqué à la veille de l’important Sommet constitutif de l’UMP (Union
pour la Méditerranée) du 13 juillet à Paris où le Maroc avec la France
forment le «noyau dur» fondateur pour chacune des deux rives et dans
lequel le projet d’un Espace Aérien Commun dominera les échanges. Dans
la logique de l’Open Sky entre le Maroc et l’UE entériné à Bruxelles en
décembre 2006 pour les objectifs duquel la RAM et ses filiales ont
peaufiné leurs stratégies et revigoré leurs troupes. Une RAM qui s’est
volontairement positionnée comme un acteur majeur dans la région MENA
et qui multiplie remarquablement son offre de dessertes commerciales
dans le continent africain. Toutes ces interrogations sont légitimes
pour ne pas se risquer à soupçonner une «action collective préméditée»
par des protagonistes dont le nombre absentéiste représente, quand
même, pas moins de 30% de l’effectif total des pilotes programmés dans
la journée incriminée. Ce qui, hélas et la compagnie s’est empressée de
s’en excuser auprès de ses usagers et partenaires, s’est traduit par
d’importants retards et des annulations de vols.
Des «malades imaginaires» ?
Mystère et boule de gomme ! Surtout que les certificats médicaux
qui sont tombés ne peuvent pas ne pas faire douter sur la complaisance
de certains médecins du secteur privé, d’autant plus que cette pratique
est plutôt connue dans la société marocaine. En somme, comme dirait
Molière, ne s’agirait-il pas de «malades imaginaires ?». C’est vrai que
les réactions publiques rendant compte de ce «conflit» sont partagées
selon les sources qui vont de la condamnation du comportement des
pilotes, qualifié «d’aberration», à la mise en cause de la DRH de la
compagnie qui «surexploite» ses cadres au-delà de leurs limites
physiques. Quant à la réaction du management de la compagnie, jugée
«menaçante» envers les pilotes «défectueux», il ne faut pas faire dans
la précipitation, puisque la RAM se défend de n’avoir que diligenter
une enquête pour déterminer les causes de l’incident et prendre les
mesures réglementaires qui s’imposent. Une compagnie qui n’est pas
encore revenue de sa surprise au moment où elle assure que les portes
du dialogue sont toujours ouvertes, pour s’étonner que les
revendications de ces membres «dissidents» du PNT n’aient pas cru bon
de vouloir en débattre avec la Direction générale. Dans quels buts
hostiles et qui tire les ficelles sachant que pareils actes de
«sabotage» perturbent considérablement le trafic aérien et qu’il faut
plusieurs jours pour résorber les retards et rétablir la normalité des
choses ? Le plus sidérant, c’est que pour la première fois dans les
annales, les revendications avancées hors-circuit de l’entreprise pour
justifier le débrayage qui ne dit pas son nom, mettent en avant l’état
de fatigue professionnelle qui serait dû à des restrictions de repos et
de congés pour des pilotes amenés à s’acquitter plus souvent d’heures
supplémentaires (pour lesquelles ils sont payés, naturellement) ?
Paradoxalement, puisqu’il était toujours question, jusque-là, de
revalorisation salariale et indemnitaire. Mais, de toute évidence,
l’opinion publique a du mal à comprendre le bien-fondé d’augmentation
de salaires au profit d’une catégorie socioprofessionnelle parmi les
plus choyées. Ainsi, nous retiendrons pour l’histoire que c’est bien la
première fois qu’une «grève de zèle» est enclenchée pour réclamer du
repos. Un argument vite neutralisé, car nous avons appris que les
pilotes concernés avaient tous assuré une activité normale en termes
d’heures de vol ces dernières semaines, en bénéficiant de leurs repos
compensatoires et de leurs congés réguliers. Sans doute, la mauvaise
foi et la surenchère ne sont pas étrangères aux déviations de certains
membres du PNT qui ne sont pas sans savoir que les repos sont dûment
réglementés aux normes nationales et internationales pour lesquelles la
RAM est certifiée. Et que sur le plan des conditions de travail, de la
médecine du travail et de la sécurité aérienne, aucun risque ne peut
être pris en dehors de l’observation scrupuleuse des règlements en
vigueur. Et l’on ne peut qu’être étonné que des cadres qui représentent
un maillon essentiel dans la chaîne de sécurité aéronautique, puissent
s’aventurer à tenir des propos portant atteinte à l’image de leur
compagnie. Une compagnie qui, du reste, est en parfaite conformité avec
les normes et les règles de la sécurité aéronautique internationale.