Deux touristes français ont été arrêtés, le 31 mars 2008, dans un camping à Zagora, au sud du Maroc, en possession d’un nombre important
de livres et de CD Rom en français et en arabe sur le christianisme.
Ces étrangers sont soupçonnés de vouloir convertir la population
locale. Selon la loi marocaine, ils risquent une peine de six mois à
trois ans d’emprisonnement et d’une amende de 100 à 500 dirhams pour
avoir ébranlé la foi d’un musulman.
Ce n’est pas la première affaire du genre au Maroc. La plus
médiatisée est celle de Sadek Noshi Yassa. Cet allemand d’origine
égyptienne de 64 ans a été condamné à six mois de prison ferme pour
conversion de Marocains musulmans au christianisme par le tribunal de
1ère instance d’Agadir. Des bruits de plus en plus persistants parlent
de la multiplication des campagnes de prosélytisme au Maroc.
Un chiffre important circule. Celui de plus de mille évangélistes
qui auraient sillonné discrètement le pays depuis plus de dix ans pour
“prêcher la parole de Jésus”. Une situation qui ne laisse pas
indifférent le ministère des Habous et des Affaires islamiques. Le
département de Ahmed Taoufik tire la sonnette d’alarme. Le ministère de
l’Intérieur est interpellé pour identifier et contrôler les mouvements
de prêcheurs venus d’outre-mer. La question de la montée de
l’évangélisation s’était déjà posée en mai 2005, lorsque Abdelhamid
Aouad, député du parti de l’Istiqlal, a saisi Ahmed Taoufik lors d’une
question orale à la Chambre des Représentants. Ce dernier s’est refusé
à tout commentaire.
Mais, plus besoin de nier l’évidence. D’après la World Christian
Database, centre pour l’étude du christianisme mondial, le
christianisme est la religion dont le taux de croissance au Maroc est
le plus élevé. Cette recrudescence s’explique essentiellement par
l’installation de plus en plus d’Européens au Maroc et l’arrivée
d’immigrés de confession chrétienne originaires de l’afrique
Sub-saharienne. Pour les nouvelles conversions, l’organisme donne le
chiffre de 3.000 à 3.500 en 2007, alors qu’en 2005, ils étaient 2.000 à
2.500. Une nette augmentation.
Toutefois, ces données sont impossibles à vérifier. Car les nouveaux
convertis parmi les Marocains se font discrets. Personne n’ose le crier
sur le toit, sinon il risque la mort. Une étude conduite par Amnesty
International et publiée par l’Agence de Presse internationale
catholique, Apic, révèle que les musulmans convertis au christianisme
préfèrent cacher leur changement de religions pour assurer leur
sécurité et celle de leurs proches. L’apostasie, renoncement public de
sa foi, est, en effet, punie de peine de mort dans l’islam.
Une question s’impose : Qui se cache derrière ces conversions clandestines ?
Les églises officielles, reconnues par l’Etat marocain, se dégagent
de toutes responsabilités. L’archevêque catholique de Rabat,
Monseigneur Vincent Landel, dans un entretien accordé à un quotidien
marocain, explique la fonction de son église. « Ma mission est de vivre
ma foi et non pas d’essayer de convaincre qui que ce soit. » La
déclaration de Ahmed Taoufik, devant la Chambre des Représentants, est
aussi sans équivoque. « Les religieux chrétiens reconnus par l’Etat
sont ceux qui travaillent dans des églises des différentes confessions
pour l’encadrement de leurs frères chrétiens établis ou de passage au
Maroc ».
Le prosélytisme est plus l’oeuvre des églises évangéliques issues
des Etats-Unis. L’organisation Arab World Ministries, très présente au
Maroc, ne s’en cache pas. Son objectif est bien explicite : « Annoncer
la bonne nouvelle d’un Sauveur aux musulmans du monde arabe
conformément à l’ordre du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ de prêcher
la bonne nouvelle à toute créature. » Sur son site, elle rapporte sous
des pseudonymes les témoignages de musulmans convertis. Leur
nationalité n’est pas divulguée, mais, selon le récit de quelques-uns,
ils sont originaires du Maghreb.
Régulièrement, cet organisme lance des appels pour recruter des
adeptes qui seront par la suite envoyés dans des pays arabes. Sur leur
annonce, on peut lire « Nous cherchons, avec l’aide de Dieu, à
atteindre les Musulmans du monde arabe là où on peut les trouver, par
l’envoi d’hommes et de femmes consacrés qui renoncent à eux-mêmes, pour
encourager les églises autochtones et en établir de nouvelles, là où
elles n’existent pas ». Dans les pays où ils sont envoyés, dont le
Maroc, les missionnaires oeuvrent sous une couverture professionnelle,
notamment celle d’un médecin ou un enseignant ou encore un homme
d’affaires.
De préférence, ils doivent avoir une bonne formation théologique,
parler la langue locale du pays et connaître ses traditions et ses
coutumes pour pouvoir mieux s’intégrer. Ils prêchent “la parole de
Dieu” à l’aide de livrets relatant la vie du Christ, de bibles en
langue du terroir, de CD sur les percepts du christianisme, des tracts
expliquant le chemin du salut et des formulaires pour ceux qui
souhaitent se convertir.
Pour attirer les nouveaux adeptes, les missionnaires ne lésinent pas
sur les moyens. Ils leur font miroiter un avenir meilleur et un univers
parfait. Au départ, ils approchent les populations autochtones en
offrant leur soutien. Cela va de la distribution de denrées
alimentaires à des aides financières en passant par la dispense de
soins médicaux gratuits.
Au Maroc, les habitants des régions les plus reculées, surtout les
populations berbères, seraient les plus concernés. Pour les jeunes, les
missionnaires ont une autre stratégie. Ils leur miroitent la
possibilité de quitter le pays en facilitant l’octroi d’un visa
Schengen ou une somme d’argent ou encore les deux. Mais, c’est sans
compter sur la force de persuasion. Les évangélistes ne se contentent
plus des populations défavorisées, mais ratissent large, comme en
témoigne le pasteur à la paroisse protestante française de Casablanca,
Jean-Luc Blanc.
Dans un entretien avec le site d’information, Afrik.com, ce
religieux déclare qu’un certain nombre de Marocains, anciennement de
confession musulmane, qui se sont convertis au christianisme, sont des
intellectuels, ou plutôt des personnes appartenant à la classe aisée.
Parmi eux, il y a des universitaires, des professeurs, des chercheurs
aussi. Des personnes, selon lui, difficilement influençables.
L’objectif des évangélistes étant avant tout de créer une communauté
chrétienne au Maroc. Pour quelle raison ? Seul l’avenir le dira.