Tout pour réussir les JO, mais les risques persistent
CourrierCasablanca.com | 05-08-2008
A quatre
jours du coup d'envoi des jeux Olympiques de Pékin, un attentat contre
la police chinoise dans l'ouest musulman du pays a fait 16 morts et 16
blessés aujourd'hui.
L'attaque visant
un poste de la police des frontières à Kashgar, qui serait de nature
"terroriste" selon les autorités chinoises, a été perpétrée par deux
assaillants, a indiqué l'agence officielle Chine Nouvelle. A bord d'un
camion, les deux hommes ont foncé sur un groupe de policiers qui
faisaient leur jogging matinal, a précisé l'agence officielle. Ils sont
sortis du camion en lançant des engins explosifs artisanaux et ont
poignardé des policiers. Quatorze policiers sont morts sur place et
deux autres pendant leur transport vers l'hôpital. Les débris de cinq
engins explosifs ont été retrouvés sur les lieux. Aucune précision n'a
été fournie sur les assaillants qui ont été arrêtés. Comme c'est
souvent le cas dans les questions de sécurité en Chine, des
informations ont été distillées via la presse officielle, mais les
responsables locaux refusent de commenter. "Tout est redevenu normal",
s'est contenté d'indiquer un responsable de la police à Kashgar. Le
porte-parole du Congrès mondial des Ouïghours, basé en Europe, Dilxat
Raxit, a confirmé l'attaque, en citant des sources locales. Il n'était
cependant pas en mesure d'indiquer si les assaillants appartenaient à
l'ethnie ouïghoure, des musulmans turcophones, qui, selon lui, ont
souffert d'importantes discriminations en amont des JO "parce qu'ils
sont systématiquement considérés comme des terroristes". Les autorités
chinoises n'ont pas établi pour l'instant si l'attaque, qui s'est
déroulée à plus de 4.000 km de Pékin, avait un lien avec les jeux
Olympiques qui s'ouvrent vendredi dans la capitale chinoise, selon le
porte-parole du comité d'organisation des JO. "Nous devons vérifier", a
déclaré Sun Weide. Le Comité international olympique (CIO) n'a pas
souhaité commenter l'attaque, renouvelant cependant sa confiance à la
Chine de "faire tout ce qui est humainement possible" pour assurer que
les JO se déroulent "en toute sécurité", selon sa porte-parole Giselle
Davies. "C'est un incident en Chine, nous ne devrions pas établir
automatiquement un lien quelconque avec les jeux", a-t-elle ajouté.
Pour Nicholas Bequelin, qui suit la Chine pour l'organisation de
défense des droits de l'Homme Human Rights Watch, "si les 16 morts sont
confirmés, il s'agira du plus lourd bilan jamais enregistré dans une
attaque" au Xinjiang. En 1997, une série d'attentats à la bombe à
Urumqi, capitale de la région, avait fait neuf morts et 74 blessés dans
trois autobus. Ces derniers mois, les autorités chinoises ont affirmé
faire face à des menaces terroristes visant les JO, en provenance
notamment du Xinjiang. Selon Chine Nouvelle, les responsables régionaux
de la sécurité ont récemment récolté des "éléments suggérant que le
Parti islamique du Turkestan oriental (ETIM) prévoyait de mener des
attaques terroristes entre 1er et le 8 août". Fin juillet, ce groupe
séparatiste ouïghour, qui cherche à établir un État indépendant au
Xinjiang, a revendiqué plusieurs attentats., Il avait menacé la Chine
de nouvelles attaques durant les JO, selon un groupe de surveillance
des menaces terroristes basé à Washington. Dissidents et défenseurs des
droits de l'Homme affirment que le pouvoir central exagère cette menace
pour faire taire toute contestation à la veille des JO.