Pourquoi Mohamed VI a boudé le sommet méditerranéen de Paris
CourrierCasablanca.com | 15-07-2008
C’est la fausse note à laquelle Paris ne s’attendait
pas: l’absence du roi du Maroc au sommet de lancement de l’Union pour
la Méditerranée.
En invoquant pour seul motif de sa défection des
raisons de "calendrier" alors que l’évènement est prévu depuis de
nombreux mois, Mohammed VI a visiblement voulu signifier qu’il ne
s’agissait pas de cela...
En réalité, la
diplomatie française a fait encore une fois les frais de son incapacité
à gérer ses relations avec les deux géants-rivaux du Maghreb, l’Algérie
et le Maroc. Paris est en effet parti du principe que la seule
défection réellement grave au sud serait celle de l’Algérien Abdelaziz
Bouteflika, et pas celle, annoncée, du colonel Kadhafi. Une crainte
confortée par des mois de critiques virulentes dans la presse
algérienne, particulièrement concernant la possibilité que Rabat puisse
abriter l’une des instances de l’UPM.
Comme à
chaque fois qu’Alger multiplie les gestes de mauvaise humeur, la
diplomatie française s’est dès lors mobilisée sans compter pour assurer
l’Algérie qu’elle était un partenaire indispensable et un pilier de la
future union. On ne compte plus ainsi les ministres français qui se
sont succédés ces dernières semaines à Alger. La récente visite de
François Fillon aura bouclé cette valse autour d’un géant gazier et
pétrolier dont le marché est convoité par le monde entier, réserves en
devises dépassant les 100 milliards de dollars obligent.
Ces
signes de déférence ont été appréciés par Alger puisque dès le retour
de François Fillon, Paris considérait "acquise" la venue de Abdelaziz
Bouteflika. Quelques jours plus tard, le tête à tête entre Nicolas
Sarkozy et son homologue algérien au cours du sommet du G8 au Japon est
venu consacrer la priorité et la considération de la France envers
l’Algérie.
Nicolas Sarkozy y a en effet annoncé à
la fois la venue du chef de l’Etat algérien à l’UPM, mais aussi son
invitation pour un voyage officiel à Paris "en 2009", date qui
correspond à la fin de la présidence Bouteflika. Du moins en principe.
Car le président algérien entend, en dépit de sa santé défaillante,
briguer un troisième mandat ou prolonger le sien de deux ans.
Cette
perspective étant loin de faire l’unanimité au sein des "décideurs"
algériens, le soutien de Paris était ardemment souhaité... et soit dit
en passant habituel. Jacques Chirac avait lui aussi "voté" Bouteflika
en l’invitant à Paris en 2004 en pleine campagne pour son second mandat
présidentiel.
Ajouté au peu de goût de Mohammed
VI pour les grands messes, ce trop plein d’attentions - qui montre que
Paris tient le Maroc pour un allié acquis quoi qu’il arrive - aura
provoqué la défection inattendue du souverain chérifien. D’autant que,
cerise sur le gâteau, les responsables français ont expliqué aux
Marocains la difficulté de prévoir un secrétariat de l’UPM à Rabat par
le fait que... "les Algériens y sont opposés".