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INFOGRAPHIE - Des centaines de milliers d'Africains sont prêts à gagner les côtes italiennes, tandis que Daech continue de recruter.

Fragmentée, gangrenée par l'État islamique et d'autres groupes extrémistes, traversée par les migrants, touchée par l'inflation, la Libye n'en finit pas, depuis l'été 2014 et la division du pouvoir, de s'empêtrer dans ses problèmes.

La Libye a aujourd'hui trois gouvernements: celui de Tripoli, composé d'islamistes et de personnes se présentant comme les «garants de la révolution de 2011» ; celui de Beida (dans l'est du pays), lié à la Chambre des représentants de Tobrouk, regroupant modérés et anciens kadhafistes, et le Gouvernement d'union nationale, fruit des négociations menées par l'ONU en exil, qui navigue entre le Maroc et la Tunisie. Trois gouvernements donc, mais peu de pouvoir sur le terrain. Les salaires des fonctionnaires ne tombent plus régulièrement, les hôpitaux manquent de médicaments, les enlèvements s'enchaînent et la hausse des prix fait souffrir les populations.

La situation est d'autant plus inquiétante que l'organisation État islamique (EI) a fortement progressé depuis son arrivé en Libye, à l'automne 2014. Aujourd'hui, quelques milliers de djihadistes - de 3000 à 5000 selon la France - se trouveraient en Libye. Leur base principale, dans la région de Syrte, sur la côte méditerranéenne, se trouve à environ 550 kilomètres de l'Europe. Les effectifs de l'EI sont en progression constante. Les autorités de Tripoli appréhendent régulièrement des djihadistes qui arrivent par avion depuis Istanbul, grâce à une bonne coordination avec les autorités turques», explique un responsable sécuritaire de Misrata. Un dignitaire de la ville de Zouara, à 60 kilomètres de la frontière tunisienne, indique que les forces de la ville interceptent «chaque semaine des Tunisiens qui tentent de rejoindre Daech».

«Lorsque les camions de migrants passent à Syrte, l'EI les arrête. Elle propose de grosses sommes d'argent aux clandestins pour rejoindre leurs rangs»

Si des personnes sont arrêtées, d'autres passent. Les rangs de l'EI gonflent également grâce aux migrants. Syrte est en effet sur une des routes du trafic d'êtres humains, entre le Sud-Est libyen où entrent Soudanais et personnes originaires de la Corne de l'Afrique, et le nord-ouest du pays d'où ont lieu les départs vers l'Europe. «Lorsque les camions de migrants passent à Syrte, l'EI les arrête. Elle propose de grosses sommes d'argent aux clandestins pour rejoindre leurs rangs», explique Mohamed al-Maidani, de la Chambre des opérations de Misrata, dont les forces encerclent la région de Syrte. L'adhésion à l'EI n'est pas toujours volontaire. Le site Middle East Eye a retrouvé un migrant qui dit avoir été kidnappé avec d'autres musulmans et forcé à apprendre le maniement des armes, puis à travailler pour l'EI.

Les migrants clandestins représentent justement la seconde inquiétude des Européens vis-à-vis de la Libye. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a estimé, jeudi sur Europe 1, qu'environ 800.000 personnes attendaient en Libye de passer en Europe. Il faut éviter que le trafic de migrants ne renforce Daech par des ressources financières supplémentaires qui lui seraient allouées», a-t-il prévenu. Pour éviter cela, il estime que «l'urgence des urgences en Libye, c'est la mise en œuvre d'un gouvernement d'union nationale». Selon les accords de Skhirat, résultats des négociations menées par l'ONU depuis septembre 2014, ce gouvernement aurait dû être validé par un vote de la Chambre des représentants de Tobrouk. Faute de quorum, la communauté internationale et l'ONU ont décidé de se contenter d'un communiqué, signé par une centaine de députés. Mais en Libye, ni le gouvernement de Tripoli (voir ci contre) ni celui de Beida n'acceptent pour le moment de rendre le pouvoir.

«Il faut quitter les salles de conférences, la théorie et aller à la ­réalité, à Tripoli»

Lors de la 8e conférence des pays voisins de la Libye, mardi à Tunis, Martin Kobler, chef de la mission de l'ONU en Libye, a insisté sur l'installation rapide du Gouvernement d'union nationale à Tripoli: «Il faut quitter les salles de conférences, la théorie et aller à la réalité, à Tripoli.» Il n'a cependant pas indiqué comment, concrètement, ce gouvernement pourrait se rendre dans la capitale libyenne en toute sécurité.

Une protection internationale est-elle en discussion? Les forces spéciales françaises se trouveraient déjà à Benghazi, dans l'Est. Américains et Britanniques seraient à l'ouest. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, a évoqué la question avec Faiez Serraj, premier ministre du Gouvernement d'union nationale. Ils se sont rencontrés vendredi dernier à Tunis. Au détour d'un couloir, Le Figaroa surpris une discussion entre conseillers du Quai d'Orsay: «Faiez Serraj a demandé, dans un premier temps, que les mouvements des brigades soient surveillés étroitement. Il a également évoqué des survols de Tripoli pour faire pression.»

La Libye dans la spirale du djihad et des trafics

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