ouS'nscrire
FERMER
CLOSE
 

INFOGRAPHIE - La coalition menée par les États-Unis estime avoir stoppé l'avance de l'État islamique sur le terrain. Mais il reste «beaucoup à faire».

La guerre contre Daech sera longue et difficile, préviennent les alliés de la coalition de soixante pays, menée par les États-Unis, qui combat l'organisation terroriste en Irak et en Syrie. Pour le ministre des Affaires étrangères britannique, Philip Hammond, il faudra «au moins un an ou deux» avant de repousser l'État islamique hors d'Irak.

Réuni à Londres jeudi à l'initiative du Royaume-Uni et des États-Unis, un groupe restreint de 21 pays membres de cette coalition - dont la France, l'Allemagne, l'Australie, le Canada, le Bahreïn, l'Arabie saoudite, la Jordanie, le Koweït et la Turquie - n'a pas pu dissimuler, malgré des déclarations encourageantes, un bilan mitigé de six mois d'opérations aériennes en Irak et en Syrie.

Quinze jours après les attentats de Paris, il s'agissait de montrer au monde un front uni contre la menace terroriste. «Les terroristes veulent nous diviser mais leurs actions ont l'effet inverse, ils nous rassemblent», s'est rassuré le secrétaire d'État américain, John Kerry. Qualifiant ce combat de «défi de notre temps», il a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas «simplement d'un problème syrien ou irakien, mais d'un problème mondial». Les attentats sur le sol français, les complots déjoués en Allemagne ou en Belgique et l'ultimatum en cours sur la vie deux otages japonais le rappellent.

Sur le plan militaire, près de 2000 missions aériennes auraient permis de stopper l'avance de l'État islamique et, coordonnées à l'action des troupes irakiennes au sol, de reprendre 700 kilomètres carrés de territoire. «Nous avons définitivement mis Daech sur la défensive», se félicite Kerry. Plusieurs milliers de ses combattants auraient été tués, dont la moitié de son état-major. Des centaines de véhicules, de tanks, de positions d'artillerie, de casernes ont été détruits. Les dépôts pétroliers et les capacités de raffinerie contrôlés par Daech ont été endommagés, pesant sur ses ressources financières, nécessaires pour payer ses soldats. Il reste pourtant «beaucoup à faire» pour combler certaines «faiblesses» et définir la stratégie pour les mois à venir, reconnaissent les États-Unis.

L'un des principaux défis réside dans la nécessaire remise sur pied de l'armée irakienne, anéantie depuis sa déroute de Mossoul au début de l'été. Les alliés se sont engagés à réorganiser, rééquiper et entraîner ses troupes, avec l'objectif d'arriver à douze brigades opérationnelles. Les Occidentaux se réjouissent de la coopération du nouveau gouvernement irakien, jugé légitime et fiable. Son premier ministre, Haïdar al-Abadi, a réclamé plus d'armes à la communauté internationale. John Kerry l'a assuré que des fusils d'assaut M16 allaient arriver «très bientôt».

Les membres de la coalition se sont aussi penchés sur la guerre psychologique menée face à l'État islamique. Ils cherchent les moyens d'enrayer ses capacités de recrutement, de bloquer ses ressources financières et de contrer sa propagande. Sur la sellette pour la porosité de sa frontière avec la Syrie, le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, s'est dit incapable de déployer des soldats sur plus de 900 kilomètres de long. Selon un rapport de la commission du Conseil de sécurité de l'ONU publié en novembre, 15.000 combattants étrangers de 80 pays ont rejoint les rangs de Daech et d'autres organisations radicales en Syrie et en Irak. Les alliés entendent mieux coopérer pour intercepter les djihadistes en route vers la Syrie, notamment grâce à l'identification des passagers des compagnies aériennes. Au-delà des mots d'ordre, certains membres arabes de la coalition sont au pied du mur pour démontrer leur motivation à tarir les sources de financement et la propagande dont se nourrit l'État islamique.

Malgré ces démonstrations d'unité et la célébration de premiers succès sur le terrain, une stratégie diplomatique occidentale pour venir à bout de la guerre civile en Syrie manque à l'appel. Les alliés veulent à la fois éliminer l'État islamique et le régime de Bachar el-Assad, principales forces ennemies sur le terrain. Né de la guerre en Irak, l'État islamique a prospéré grâce au conflit syrien et à la division de ses ennemis. Les forces armées irakiennes, syriennes et kurdes ne suffisent pas à laisser entrevoir une vaste offensive qui pourrait les vaincre rapidement. C'est pourquoi Londres et Washington préparent les esprits à une guerre longue, avec pour conséquence une menace terroriste élevée en Occident.


La campagne des alliés contre Daech sera longue

Actualité au Maroc