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VIDÉO - Alors que tous les passagers et membres d'équipage du ferry qui a pris feu ce week-end dans l'Adriatique ont été évacués, les rescapés témoignent de la panique à bord.

«Il y a eu des moments où j'étais absolument terrifié. Quand les flammes lèchent le pourtour du bateau et qu'il n'y a aucun signe d'aide (...) vous vous sentez impuissant». Le Britannique Nick Channing-Williams se trouvait à bord du ferry Norman Atlantic qui a pris feu au large de l'Albanie dimanche. Comme il l'a fait ce lundi sur la chaîne britannique Sky News, d'autres passagers ont commencé à livrer le récit du calvaire qu'ils ont vécu à bord, alors les gardes-côtes italiens ont annoncé que tous les passagers avaient été évacués à la suite de cet incendie qui aurait provoqué la mort d'au moins sept personnes.

Le Norman Atlantic transportait 56 membres d'équipage et 422 passagers. Le feu s'est déclaré sur le ferry dimanche à l'aube dans l'emplacement réservé aux véhicules, par une mer démontée et des vents violents, alors que le bateau assurait la liaison entre Patras, dans le sud-ouest de la Grèce, et Ancône, dans l'est de l'Italie. Selon le passager turc Saadet Bayhan, qui a témoigné sur la chaîne turque NTV, il n'y a pas eu d'alarme incendie, et les passagers se sont réveillés les uns les autres.

«Nous allons tous brûler comme des rats»

A bord du ferry se trouvaient des personnes de 26 nationalités différentes, dont, outre les Grecs, des Turcs (54) des Italiens (44), des Albanais (22) des Allemands (18), des Suisses (10), des Français (9), mais aussi des Russes, des Autrichiens, des Britanniques ou des Néerlandais. Une certaine panique s'est d'abord emparée des passagers. L'épouse d'un des cuisiniers a ainsi indiqué avoir reçu vers 10h (heure française) un coup de fil de son mari, terrifié. «Je ne peux plus respirer, nous allons tous brûler comme des rats, que Dieu nous aide», criait-il au téléphone. Des passagers joints peu après par les médias grecs semblaient surtout effrayés par leur isolement au milieu de la mer déchaînée. «Nous sommes tous sur le pont, nous sommes mouillés, nous avons froid, nous toussons à cause de la fumée, il y a des femmes, des enfants et des personnes âgées», a ainsi indiqué, l'air très fatigué, Giorgos Styliaras. «Nos chaussures commençaient à fondre, dans la cabine de réception», a raconté au même média un autre passager.

Sur RTL, Olivier Coissard, hélitreuillé avec sa femme et ses deux enfants de 8 et 10 ans, a raconté avoir été réveillé à 5 heures du matin, dimanche «avec une petite odeur de fumée». «Puis une personne est passée pour taper sur toutes les portes des cabines en appelant au feu. On s'est réveillés, on a réveillé les enfants et on s'est habillés chaudement». «Dès qu'on est sortis, on a compris, a-t-il poursuivi au micro de la radio. Le feu venait de partout, de dessous nos pieds, c'était en peine tempête, les vagues étaient très hautes. Tout ce qui était sur le sol, prenait feu. Donc on est montés sur un autre pont (...). Chaque famille se protégeait comme elle pouvait. On a passé des heures debout à attendre». En tout, 10 heures passées sur le pont, dans le froid, debout, avant que l'hélicoptère ne vienne les secourir. , un autre passager français toujours bloqué à bord confiait son angoisse dimanche soir. «Nous avons peur, très peur. Nous sommes frigorifiés, nous sommes très très fatigués», expliquait Jean-Philippe Demarc. «Nous nous sommes procurés une couverture et nous essayons tous de nous mettre côte à côte pour nous réchauffer», racontait ce naufragé disant avoir «peur de brûler».

Interrogé par l'agence de presse américaine AP, Christos Perlis, un Grec de 32 ans, a affirmé que lorsque les hélicoptères de sauvetage sont arrivés, certains passagers ont paniqué, marchant les uns sur les autres, certains hommes n'hésitant pas à jouer violemment des coudes pour entrer les premiers, ne tenant pas compte des femmes et des enfants.

«J'ai vu mourir mon mari»

Une cinquantaine de ces rescapés, exténués et transis de froid, sont arrivés lundi matin à Bari (sud-est), à bord du cargo Spirit of Piraeus. L'un d'eux s'est montré très amer sur les circonstances du drame. Interrogé sur la chaîne italienne SKYTG24, il a dénoncé le manque patent d'entraînement de l'équipage et l'impossibilité de mettre des chaloupes à la mer. «Une seule a pu être mise à l'eau», a-t-il lancé. Fotis Tsantakidis, chauffeur de camion, a raconté de son côté au journal grec Ethnos qu'il n'avait pas trouvé de gilet de sauvetage, ajoutant qu'il avait pu embarquer sur le Spirit of Piraeus en dépit des fortes vagues rendant la manoeuvre très périlleuse. «Un Italien est tombé à l'eau à ce moment là mais il portait heureusement un gilet de sauvetage», a-t-il raconté.

Incendie du ferry Norman Atlantic : les rescapés racontent leur calvaire

Un homme blessé pris en charge sur le cargo Spirit of Piraeus, ce lundi matin. Crédits photo : STRINGER/ITALY/REUTERS

Un passager grec n'a pas eu cette chance. Tombé du ferry dans des circonstances peu claires - il aurait glissé au moment d'embarquer sur une chaloupe - il est resté plus de quatre heures dans l'eau aux côtés de sa femme, qui a raconté son calvaire à l'agence italienne Ansa. «J'ai vu mourir mon mari. J'ai essayé de le sauver, mais je n'y suis pas arrivée», a-t-elle dit depuis un hôpital de Lecce (sud-est de l'Italie) où elle a pu être transportée après avoir été sauvée. «Ce navire n'aurait pas du partir avec un temps aussi mauvais», a-t-elle déploré.

De son côté, la famille de Nick Channing-Williams a été prévenue de son évacuation par hélicoptère par un capitaine des forces aériennes italiennes, qui leur a envoyé pour preuve une photo du Britannique, où on le voit le visage complètement noir. «C'est plus de la graisse que de la suie», a expliqué Channing-Williams sur Sky News, racontant avoir aidé les membres de l'équipage dans leurs multiples tentatives d'attacher le ferry aux remorqueurs... en vain.

(Avec AFP)

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