Barack Obama offre une ouverture à Hillary Clinton à une dizaine de jours d'une primaire clef
CourrierCasablanca.com | 14-04-2008
Barack Obama
s'est mis en difficulté en parlant d'électeurs de la classe ouvrière
amers
qui "s'accrochent aux armes à feu ou à la religion". Le candidat
à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre
offre désormais une chance à sa rivale Hillary Clinton de courtiser
l'électorat populaire, à une dizaine de jours de la primaire de
Pennsylvanie que la sénatrice de New York se doit de remporter pour
rester en course. Six jours après avoir tenu les propos à l'origine de la controverse,
le sénateur de l'Illinois a tenté d'éteindre l'incendie samedi en
concédant avoir usé de termes malheureux. "Je ne l'ai pas dit comme
j'aurais dû", a-t-il déclaré lors d'un meeting à l'université de Ball à
Muncie, dans l'Indiana. "Si je me suis exprimé d'une manière qui a
offensé certaines personnes, je le regrette profondément", a-t-il
ajouté un peu plus tard dans un entretien à un journal de
Winston-Salem, en Caroline du Nord.
Il s'est cependant justifié,
estimant avoir déclaré "ce que chacun sait être vrai" sur l'amertume
qu'éprouvent nombre d'habitants de petites villes de Pennsylvanie, de
l'Indiana ou l'Illinois. "Ils sont en colère. Ils ont le sentiment
d'avoir été abandonnés".
Toute la polémique vient de remarques
faites en privé par le sénateur de l'Illinois à un collecteur de fonds
le 6 avril à San Francisco. Constatant qu'il avait du mal à rallier
certains électeurs de la classe ouvrière, Barack Obama les a décrits
comme des gens frustrés par la situation économique. "Il n'est pas
surprenant, donc, qu'ils deviennent amers, qu'ils s'accrochent aux
armes à feu, ou à la religion, ou à l'antipathie pour ceux qui ne sont
pas comme eux, à un sentiment anti-immigrant ou anti-commerce pour
exprimer leur frustration", a-t-il déclaré.
Ces propos, mis en
ligne vendredi sur le site internet du "Huffington Post", ont déclenché
une avalanche de critiques, tant du côté de sa rivale démocrate Hillary Clinton que de celui du candidat républicain John McCain et d'autres membres du Parti républicain.
L'équipe
de campagne de l'ex-Première dame des Etats-Unis a d'ailleurs saisi
toute la portée de la sortie de Barack Obama, n'hésitant pas à
alimenter la polémique, dans l'espoir d'imposer l'image d'un Barack
Obama élitiste et arrogant et influer sur le choix des électeurs, non
seulement à l'occasion de la primaire du 22 avril en Pennsylvanie mais
aussi lors de celles attendues le 6 mai dans l'Indiana et la Caroline
du Nord.
Pour les partisans d'Hillary Clinton, les commentaires
du sénateur de l'Illinois représentent une véritable aubaine. Ils ont
ainsi distribué des autocollants proclamant "Je ne suis pas amer" en
Caroline du Nord et tenu une téléconférence avec des maires de
Pennsylvanie pour s'en prendre à Barack Obama.
Dans l'Indiana, la
sénatrice démocrate est elle-même montée au créneau, jugeant dans une
usine d'Indianapolis que les commentaires d'Obama,
avocat diplômé de Harvard, étaient "élitistes", "détachés de la
réalité" et "avilissants". "Les gens n'ont pas besoin d'un président
qui les regarde de haut", a-t-elle lancé. "Ils ont besoin d'un
président qui les défende".
L'entourage du républicain John
McCain a également diffusé un communiqué accusant Obama d'élitisme.
Steve Schmidt, l'un des porte-parole du sénateur de l'Arizona, a
dénoncé des propos "condescendants".
Reste que les analystes
politiques ne sont pas tous d'accord sur l'impact des propos de Barack
Obama et la possibilité que le candidat rencontre une désaffection dans
les rangs des dirigeants du parti démocrate.
Le sénateur de
l'Illinois juge ne pas être en position avantageuse pour la primaire de
Pennsylvanie, contrairement à celle de la Caroline du Nord. Ce qui
signifie que l'Indiana, où les sondages accordent une avance à Hillary
Clinton, pourrait jouer un rôle central dans la bataille à
l'investiture démocrate. Selon le dernier comptage de l'Associated
Press, Obama devance sa rivale en nombre de délégués (1.639 contre
1.503), y compris de superdélégués, la nomination étant acquise avec le
soutien d'au moins 2.025 délégués. AP