03 Août 2007
Mise à jour le 03 Août 2007, 10:57
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Le bon vieux temps où les estivants pouvaient se prélasser librement sous le soleil et jouir de nos magnifiques 3.700 km de côtes sans payer un rond est-il révolu ? En tout cas, c'est la question que se pose nombre d'estivants qui choisissent de faire bronzette dans la partie nord de la célèbre plage des Sablettes, qui fait partie de la commune rurale de Mansouria, relevant de la province de Benslimane.

En effet, les habitués de cette plage vivent une grande frustration. Et pour cause, des espaces privés, dont l'accès est payant, ne cessent de s'accroître sur cette plage, rétrécissant par la même occasion la proportion qui doit, selon la loi, préserver un caractère public.

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En d'autres termes, l'accès à cette partie publique doit rester, comme son nom l'indique, gratuit. Toujours est-il que ces parties publiques, garanties par la loi, doivent exister, celles
privées poussant comme des champignons, ces dernières années.
Afin de contrecarrer tout dérapage, une circulaire conjointe entre les ministères de l'Intérieur et de l'Equipement avait été publiée en juin 1998. Elle stipule que, sur une plage, la superficie destinée à une exploitation privée ne doit pas dépasser les 30% de la superficie globale de ladite plage. La gestion des plages a été également octroyée aux communes.

La plage des Sablettes, objet de plusieurs réclamations de la part des citoyens, obéit-elle à cette règle ? Difficile de trancher, aucune partie des antagonistes n'ayant pu nous fournir, avec exactitude, la superficie de cette plage. Si les citoyens et les responsables de la commune de Mansouria soutiennent que la superficie réservée à l'exploitation privée dépasse largement les 30% garantis par la loi, bien évidemment au détriment de la superficie censée rester publique, les responsables de la Direction régionale de l'équipement de Benslimane, administration qui a livré les autorisations d'exploitation, promettent le contraire.

Selon ces derniers, cinq lots ont été, dans le cadre d'une occupation temporaire, attribués à des «investisseurs» privés. La superficie totale de ces lots (1.800 m2 + 1.800 m2 + 900 m2 + 600 m2 + 500 m2) s'élève à seulement 5.600 m2, alors que, selon les estimations de ces responsables, la superficie globale de la plage des Sablettes avoisine les 60.000 m2. Donc, selon eux, la règle des 70%/30% est loin d'être transgressée. Cependant, il nous a été très difficile d'adhérer à cette «vérité» puisque, sur place, et de visu, nous étions loin de ce compte. Exiguë, la partie censée demeurer gratuite est visiblement loin d'atteindre les 70%, garantis par la loi.

La situation est encore plus évidente quand la marée est haute. «Avant de concéder des parties de la plage au privé, les responsables doivent étudier tous les paramètres, notamment prendre en considération le changement de la marrée.
Cela me parait plus qu'évident», indique un citoyen, frustré. «Les week-ends, il est pratiquement impossible de trouver une petite place parmi les milliers de personnes qui viennent profiter de cette jolie plage. Les gens sont alors obligés de se rabattre, souvent à contrecœur, sur ces espaces privés, qui restent quand même assez cher pour le citoyen moyen», ajoute cette personne.

En effet, malgré qu'ils soient très appréciés par ceux dont le revenu le permet, ces espaces ne sont pas à la portée du citoyen moyen (50 DH pour deux transats et un parasol, 10 à 15 DH pour une limonade de 35 cl, 45 DH pour un repas normal et 250 DH pour 15 minutes de location d'un jet ski). Et visiblement, les affaires marchent très bien. Les clients sont nombreux et une vingtaine de chichas (à 50 DH «la partie») ne cessent de circuler entre les estivants, au su et au vu de qui veut le voir.

A qui profitent les bonnes affaires de ces espaces privés? «Sûrement pas aux citoyens, ni même pas à la commune», souligne un responsable de la commune de Mansouria. «Avant, quand cette plage a été gérée directement par la commune, les rentrées étaient beaucoup plus importantes. Maintenant, c'est le département de l'Equipement qui encaisse», ajoute-t-il.

Combien ? La superficie de 1.800 m2 coûte 7.200 DH, durant toute la période estivale, plus les frais de l'étude (1.500 DH), soit 1,60 DH le mètre carré par mois. Une vraie aubaine ? «C'est la tarification appliquée par la loi, ni plus ni moins», nous répond-on à la direction régionale de l'Equipement à Benslimane. «Du gâchis, puisque les rentrées de la commune s'élevaient, quand elle s'occupait de la gestion de cette plage avant 1998, à plus de 60.000 DH. Ces gains auraient pu doubler après dix ans», rétorque le responsable de la commune.

En tout état de cause, un responsable de l'Equipement affirme que son département est prêt à céder la gestion de cette plage à la commune, «nous encourageons cette démarche», souligne-t-il. «Nous avons même adressé une lettre dans ce sens à la commune et nous attendons une réponse», ajoute-t-il.

Apparemment, et si on croit les paroles de chacun, les deux parties (commune et département de l'Equipement) sont sur la même longueur d'onde. Reste seulement qui fera le premier pas. Tout est bien qui finit bien, nous dira-t-on alors. Mais, en attendant que les autorités bougent, les «propriétaires»
des espaces privés de la plage des Sablettes continuent de
profiter de cette aubaine et les chichas ne cesseront pas d'être servis sous le nez des autorités. Les estivants, quant à eux, continueront à être rongés par leur frustration, du moins, pour le reste de cette saison estivale.

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Source : Lematin

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