29 Décembre 2014
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Le Pakistan insulté par Hollywood ? Après The interview au coeur d’une bataille numérique entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, après l’interdiction en Egypte et au Maroc d’Exodus, dernière grosse production de Ridley Scott, c’est au tour des autorités pakistanaises de dénoncer Homeland, série américaine qui met en cause le gouvernement d’Islamabad, accusé de soutenir les talibans. Dans sa quatrième saison, Homeland suit les pas de Carrie Mathison, agente de la CIA qui traque un puissant réseau de talibans afghans qui a établi son QG dans les zones tribales du nord-ouest du pays. La quatrième saison vient de s’achever aux Etats-Unis, où chaque épisode a rassemblé en moyenne 6 millions de téléspectateurs.


Bande-annonce de «Homeland» (V.O)

Si de nombreux Pakistanais critiquent une représentation jugée approximative de la culture du pays, le gouvernement, lui, dénonce le fil conducteur même de la série. «Les insinuations à répétition selon lesquelles les services de renseignement du Pakistan sont complices des terroristes en les protégeant et ce, au prix de la vie d’innocents, ne sont pas simplement absurdes, elles sont aussi une insulte au sacrifice ultime de milliers de membres des forces de sécurité qui ont perdu la vie dans la guerre contre le terrorisme», a déclaré à l’AFP Nadeem Hotiana, porte-parole de l’ambassade pakistanaise à Washington.

En fait d’insinuation, Homeland met clairement en cause les services secrets pakistanais (ISI, Inter-Services Intelligence). Dans la série, la cible de la CIA se nomme Haissam Haqqani, allusion non voilée à Jalaluddin Haqqani, véritable taliban qui, depuis 2002, se cache dans le Waziristan où se donnent rendez-vous les jihadistes du monde entier. Le réseau Haqqani est dirigé par Jalaluddin et son fils Sirajuddin. Ils sont soupçonnés d’avoir organisé tous les attentats les plus sanglants et les opérations les plus audacieuses qui se déroulent à Kaboul, dont celui contre le centre culturel français. Haqqani fut un allié historique d’Oussama ben Laden, qu’il a toujours protégé depuis les années 80. Et a aussi été le professeur du mollah Omar. Mais surtout, il est effectivement proche de l’ISI.

«Double jeu» pakistanais

La série cumule certes quelques invraisemblances, mais pas celle reprochée par l’ambassade pakistanaise. De nombreux experts locaux et étrangers affirment que l’ISI joue depuis des années un «double jeu», en soutenant les «bons» talibans qui portent le jihad en Afghanistan et en Inde, tout en combattant les «mauvais» talibans en lutte contre le pouvoir à Islamabad. «Cela pourrait être de la fiction mais non, écrivait le mois dernier notre journaliste spécialiste de la région, Jean-Pierre Perrin. Le chef pachtoun, qui fut le premier à faire venir en Afghanistan des jihadistes du monde entier et permis en 2001 à Ben Laden de prendre le large, a toujours eu d’excellentes relations avec les militaires d’Islamabad. Cela date de l’invasion soviétique de l’Afghanistan. A cette époque, il était même considéré comme l’un des meilleurs chefs de l’insurrection par la CIA et, à ce titre, il fut couvert d’armes et de dollars. Depuis, il a tourné casaque et est devenu la principale bête noire des Américains qui offrent des millions de dollars pour sa mort ou sa capture.»

«Homeland», la série qui irrite le Pakistan Le faux Haqqani, en public (dans la série «Homeland»), tandis que le vrai Haqqani se cache dans le Waziristan. DR

Contacté par l’AFP, le ministère pakistanais des Affaires étrangères n’a pas voulu commenter la série, affirmant que cette tâche était celle de son ambassade à Washington. La polémique Homeland a aussi enflammé une partie de la twittosphère locale. «La série véhicule nombre de stéréotypes risibles, mais dire que le Pakistan est un sanctuaire pour les terroristes n’en est pas un», y a commenté le journaliste Amir Mateen.

La réaction des autorités pakistanaises intervient peu après le raid d’un commando des talibans pakistanais du TTP contre une école de Peshawar (nord-ouest), attaque la plus meurtrière de l’histoire du pays, fatale à 150 personnes.

LIBERATION

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