18 Décembre 2012
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Contrôle des armes : la réussite australienne

Alors que plus d'un million d'armes feu se vendent chaque mois aux tats-Unis, l'espoir que le pays se dbarrasse un jour de ce flau ne semble gure raliste. Malgr l'onde de choc provoque par la tuerie de Newtown, le scepticisme est de mise quant la probabilit de voir l'indignation dans les paroles se traduire en actes par un durcissement de la lgislation. Et pourtant, l'exprience australienne prouve que c'est possible.

Dans ce pays, la grande rforme en matire d'armes remonte 1996, en raction la tuerie de Port Arthur. Le 28 avril, un homme de 29 ans surgit dans un restaurant de ce petit village touristique de Tasmanie et tue 20 personnes avec une arme semi-automatique. En quittant les lieux, il en abat 15 autres. Douze jours plus tard, le premier ministre de l'poque, John Howard, annonce des mesures drastiques: la vente de fusils semi-automatiques et automatiques est interdite, un dlai de 28 jours est introduit entre la rception d'un permis et l'acquisition de l'arme, et la dclaration de chaque arme auprs des autorits est rendue obligatoire. De plus, le gouvernement lance un vaste programme de rachat des armes dsormais illgales. En deux ans, il en a rcupr 700 000, soit environ un cinquime du stock existant.

Pourtant, John Howard peut difficilement tre qualifi de gauchiste. Il s'illustre par des positions trs conservatrices en matire de lutte contre l'immigration et de lutte antisyndicale. Grand ami de George Bush, John Howard soutient activement son alli amricain dans la guerre en Irak. Mais, en ce qui concerne l'armement, Howard prend clairement ses distances: Nous ne voulons pas importer cette maladie amricaine en Australie, affirme-t-il en 1996.

Les homicides par armes feu en baisse de 59%

Les groupes de pression conservateurs ont certes rsist au projet de loi. tel point que Howard a jug utile d'enfiler un gilet pare-balles lors d'une runion publique avec des pro-armes. Mais, port par une majorit de l'opinion favorable une plus stricte rgulation, il est all jusqu'au bout de sa rforme. Et la suite de l'histoire semble lui avoir donn raison. D'aprs une tude d'Andrew Leigh, de l'Australian National University, et de Christine Neill, de la Wilfrid Laurier University, le taux d'homicide par arme feu a baiss de 59% entre 1995 et 2006, tandis que le taux de suicide par arme feu a chut de 65%. Depuis 1996, il n'y a pas eu un seul massacre par armes feu, alors que durant les 18 annes prcdant la rforme, le pays avait subi 13 tueries faisant 102 morts.

Les tats-Unis pourraient-ils en prendre de la graine? Les deux pays ont des points communs. Ils partagent notamment une mentalit de frontier, c'est--dire de pionniers, qui explique leur attachement historique au droit de porter des armes. Comme en Australie l'poque, une majorit d'Amricains parat aujourd'hui favorable l'instauration de contrles plus stricts. Mais les diffrences sont nombreuses. D'abord le phnomne du port d'armes est bien plus tendu dans la socit amricaine. John Howard le reconnat lui-mme dans une tribune publie en aot dans The Age : racheter un cinquime du stock d'armes, comme cela avait t fait en Australie, impliquerait aux tats-Unis de pouvoir rcuprer 40 millions d'armes… De plus, le droit de porter les armes n'tait pas dans la Constitution australienne. Enfin, comme l'a fait remarquer en juillet le professeur John J. Donahue dans un article sur CNN.com, l'Australie ne possdait pas d'industrie d'armement sur son territoire, et surtout, il n'existait pas dans le pays un lobby comparable au NRA, qui pse aussi lourdement sur la politique amricaine.

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