16 Décembre 2012
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De notre envoye spciale Helwan

Magdi el-Gendi a vot non. Et il en est fier. Keffieh autour du cou et survtement Adidas, il a vot non contre Morsi, non contre une Constitution rdige l'arrach par un comit d'islamistes, non contre une pense unique qui cherche teinter l'gypte d'une couleur uniforme… La liste de ses dolances est aussi longue que la ligne de mtro qui s'tire du Caire au terminus de Helwan, banlieue ouvrire aux portes du dsert parcourue de petits immeubles en briques rouges.

l'Arabesque, le caf dont il est le grant, repaire des fumeurs de chicha et amateurs de football, on n'a particulirement pas apprci le rcent projet gouvernemental de fermer les commerces aprs 22 heures. C'est encore un coup du prsident et des Frres musulmans pour mieux nous contrler! s'nerve-t-il. Il y a quelques jours, la veille de ce rfrendum hautement controvers, les pro-Morsi ont mme eu le culot de vouloir tapisser les murs de son troquet de leurs posters verts frapp d'un grand Nahm (oui). C'en tait trop. Je leur ai dit d'aller voir ailleurs, souffle Magdi.

Il est bien l'un des rares leur avoir rsist. Au souk local, coll la station de mtro, o oranges et bondieuseries coraniques se disputent les tals, une enfilade de oui dcore les vitrines des boutiques. Ici, pas le moindre signe d'une opposition qui, ayant appel voter non la dernire minute, n'a pas eu le temps, ni les moyens, de faire campagne en dehors des grandes villes. Vas-y, Morsi! les habitants de Helwan te soutiennent et soutiennent la Constitution! fanfaronne, au cœur de la rue principale, une banderole gante, o le visage rondouillard du prsident sourit bonnement aux passants. Je n'ai pas lu la Constitution, mais j'ai vot “oui”, car c'est la meilleure de l'histoire de l'gypte. Ah, et puis c'est aussi parce qu'elle garantit la stabilit du pays, martle cet employ d'une usine de ciment, en tendant firement son doigt teint de bleu.

Les contestataires sont minoritaires

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Le bureau de vote de l'cole Fekrya. Crdits photo: Delphine Minoui.

Mme l'cole Fekrya n'a pas chapp aux posters verts des partisans de Morsi. Situe en face d'Arabesque, de l'autre ct d'une avenue encombre de voitures, c'est l'un des trois bureaux de vote de Helwan ouverts pour le rfrendum. Ici, ce sont les hommes qui votent - les femmes ayant t affectes un autre tablissement scolaire. Depuis l'ouverture des urnes, 8 heures du matin, la queue ne cesse de s'allonger de minute en minute. Vieillards en galabya, ouvriers en savates, jeunes chmeurs aux cheveux gomins, ils sont venus en renfort. Pli en deux, un homme a fait le dplacement avec sa perfusion et supplie le jeune soldat qui monte la garde de le laisser passer. C'est un homme bien, il a l'intention de bien voter, murmure d'un sourire complice celui qui l'accompagne, en faisant en sorte d'tre entendu de tous. l'intrieur, devant les urnes, les dbats sont anims. Je vote “oui” pour mettre fin au chaos, avance un professeur d'anglais lunettes. Derrire lui, un ingnieur l'accuse d'tre un membre du PLJ, le parti des Frres musulmans. Moi, je vote “non”, dit-il, car ceux qui ont crit la Constitution ne reprsentent pas la diversit de notre pays. Un attroupement se forme. Les voix s'lvent. Minoritaire, le contestataire finit par s'clipser.

Devant chaque urne, un magistrat en costume-cravate s'efforce de veiller au bon droulement du scrutin. Pourtant, les soupons de fraude inondent dj les rseaux sociaux. Le boycottage du rfrendum par un grand nombre de juges, dont la pnurie est l'origine d'un talement du vote sur deux samedis, fait craindre l'opposition un manque de partialit. Prvenus trop tard de la tenue du scrutin, les observateurs internationaux sont les grands absents de cette journe. Du coup, l'cole Fekrya s'est rabattue, comme bien d'autres bureaux, sur de jeunes observateurs locaux. Yousof Sherif est l'un d'entre eux. Blouson noir et barbe brune, il se flicite du dbat qui prvaut, gage selon lui de la bonne tenue du vote, et dit n'avoir constat aucune irrgularit. Est-il vraiment objectif? En voulant montrer aux journalistes de passage la carte de son ONG, le National Center for Human Rights - souponn d'tre sous la coupe des Frres - , il a laiss apparatre, par mgarde, une autre carte blottie au fond de son portefeuille: celle du PJL, le parti de la Confrrie.

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