Offshoring. Des majors menacent de quitter le Maroc
CourrierCasablanca.com | 21-06-2008
Le manque de ressources humaines et l'inflation des salaire font planer le doute sur le secteur de l'offshoring au Maroc. Plusieurs grands noms de l'ITO penseraient sérieusement à plier bagages.
Jamais le problème des ressources humaines ne s'est posé avec autant
d'acuité pour les opérateurs internationaux de nouvelles technologies
qui ont délocalisé une partie de leurs activités de développement
informatique au Maroc. L'offshoring informatique, communément appelé
ITO (Informations Technologies Outsourcing), trouve plus de difficultés
à mobiliser les ingénieurs et techniciens nécessaires pour faire
tourner les systèmes installés à Casablanca. Et même lorsqu'ils les
trouvent, ils sont obligés de leur «remettre une couche de formation»,
selon l'expression d'un opérateur du secteur. De plus, la course au
recrutement des ingénieurs en informatique augmente sensiblement leurs
niveaux de rémunération.
Face à ce casse-tête des ressources humaines et de la formation,
plusieurs entreprises de renom de l'ITO penseraient sérieusement à
abandonner leurs positions au Maroc, selon nos sources. Aucun nom ne
filtre encore quant à l'identité de ces opérateurs, mais il s'agirait
de grands noms du développement informatique. Quoi qu'il en soit, ils
n'auront pas trop de difficultés à se désengager du Maroc. L'offshoring
est l'un des secteurs où les droits de sortie sont parmi les moins
élevés.
En examinant les détails des deux principales difficultés que
rencontrent les opérateurs, il apparaît clairement que leur position
est amplement justifiée. L'offre en ingénieurs et techniciens
spécialisés en informatique se limite à 1.600 cadres par an. Ce chiffre
est très faible par rapport aux besoins du secteur de l'ITO qui se
chiffrent à plus de 3.000 nouveaux cadres, dès maintenant. L'Etat a
certes lancé son programme de formation de 10.000 ingénieurs, en
ouvrant plusieurs nouveaux instituts de formation. Mais il faudrait
attendre au moins trois ans pour que les premières retombées de ce
programme commencent à se faire sentir. En attendant, la course au
recrutement des ingénieurs en informatique entraîne une hausse
fulgurante de leurs salaires. Un jeune cadre de cette catégorie
commence sa carrière avec un revenu net minimum de 10.000 DH, sans
compter les avantages environnants. Les employeurs du secteur sont
obligés de revoir à la hausse cette rémunération chaque trimestre. A
défaut, ils trouveront facilement une meilleure offre chez les
concurrents. A ce niveau de salaire minimal, les cadres marocains ne
sont compétitifs que par rapport à leurs homologues espagnols, qui
touchent 25% de plus qu'eux. Mais comparés aux ingénieurs de l'Europe
de l'Est, notamment la Roumanie, ils coûtent beaucoup moins cher. De
plus, les opérateurs d'ITO leur reconnaissent un niveau de compétence
souvent plus élevé que chez les Marocains. En effet, certains logiciels
enseignés aux ingénieurs marocains sont parfois obsolètes par rapport
aux besoins des opérateurs de l'ITO. De plus, «les ingénieurs et
techniciens marocains manquent de compétences en matière de
communication et de langues», indique une source proche du secteur. Les
couches de formation supplémentaires aussi bien dans les disciplines
techniques qu'en communication nécessitent entre trois mois et six
mois. Ce qui engendre des coûts et des manques à gagner considérables.
D'autant plus que les opérateurs nouvellement installés ne sont pas
sûrs que les lauréats du programme 10.000 ingénieurs seraient adaptés à
leurs besoins.
Le Soir Echos