Accusé par Paris d’inaction face à la flambée de l’euro, le président
de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a réaffirmé
dimanche ne pas avoir de pouvoir en la matière et conseillé à la France
de mieux gérer ses finances publiques «en très grandes difficultés».
Alors qu’Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à
l’Elysée, a qualifié dimanche le niveau de l’euro d’absurdité, Trichet
a contre-attaqué en épinglant les finances publiques hexagonales.
Trichet a réagi sur les propos tenus par le Premier ministre François
Fillon, qui a déclaré être «à la tête d’un Etat qui est en situation de
faillite sur le plan financier». Le président de l’institut monétaire
européen a estimé qu’avec des dépenses publiques qui devraient
atteindre en 2007 53,2% de son produit intérieur brut (PIB), la France
serait le pays «le plus dépensier» de l’Europe à 27. Il a cité en
exemple l’Allemagne, où les «coûts unitaires de production ont augmenté
beaucoup moins qu’en France», et où «la compétitivité-coût de
l’industrie s’est fortement améliorée». Alors que le gouvernement
français a repoussé à 2012 le double objectif d’une dette ramenée à 60%
du PIB et d’un retour à l’équilibre de ses finances publiques,
retardant la date initiale de 2010 promise par le gouvernement
Villepin, Trichet a estimé que la France avait «pris des engagements»
et qu’elle devait les tenir. Interrogé sur le niveau de l’euro, qui a
dépassé la semaine dernière pour la première fois le seuil de 1,41
dollar, Trichet a jugé qu’«aucune personne responsable» ne répondrait à
cette question, puisque «depuis 35 ans nous sommes dans un système de
changes flottants où les monnaies montent et descendent».
De son côté, François Fillon persiste et signe: le Premier ministre
français a affirmé, lundi 24 septembre, que la situation des finances
publiques était critique et plus supportable, sans toutefois reprendre
le terme polémique de faillite. «On a 1.150 milliards d’euros de
déficit (dette publique cumulée) à la fin de 2006. C’est une situation
qui n’est plus supportable», a-t-il déclaré. Par ailleurs, Fillon avait
déclaré en Corse «être à la tête d’un Etat qui est en situation de
faillite», avant d’atténuer ses propos en précisant qu’il s’agissait
d’une image. «Nous sommes devant l’échec d’un système», a-t-il dit, «ce
qui compte ce sont les réalités, et la réalité, c’est que notre pays
doit changer radicalement d’état d’esprit s’agissant de son regard sur
les finances publiques». En outre, le chef du gouvernement a répondu à
l’opposition et à son prédécesseur Dominique de Villepin, qui
l’accusent d’avoir encore creusé la dette en privant l’Etat de 15
milliards de recettes avec le paquet fiscal.
Il a contesté le chiffre, évaluant l’effet du paquet fiscal à «9
milliards de recettes fiscales en moins» pour l’Etat. Pour sa part, le
ministre de l’economie, Christine Lagarde, avait chiffré le coût de ces
mesures à 11 milliards par an.