l’Egypte s’oppose à l'importation de la Logan marocaine
CourrierCasablanca.com | 02-06-2008
La Logan made in Maroc soulève une polémique qui frôle l’incident diplomatique entre le Maroc et l’Egypte.
Celle-ci est catégorique et s’oppose à l’importation de cette voiture
low cost fabriquée par Somaca à Casablanca. Une commission mixte devra
se réunir dans les prochains jours au Caire pour tirer cette affaire au
clair.
Pourtant, ce type d’importations est explicitement programmé dans
les accords Quadra liant le Maroc à l’Egypte, la Tunisie et la
Jordanie. L’ALE d’Agadir
signé, rappelons-le, par le Maroc avec ces pays est en principe en
vigueur depuis avril 2007. Aujourd’hui, son application est presque
paralysée à l’occasion des premières tentatives d’exportation à droits
nuls vers l’Egypte des Logan made in Maroc.
Signalons que les exportations vers ces pays arabes étaient un
argument fort des pouvoirs publics pour plaider en faveur
d’investissements dans un site compétitif de montage Logan à Casablanca. Aujourd’hui et malgré moult tractations, ce problème reste insoluble.
Il y a deux semaines, Larbi Belarbi, PDG de Somaca, a fait le
déplacement au Caire pour plaider la cause de la Logan. Des tests
statiques et dynamiques ont été effectués sur place pour démontrer la
fiabilité et la qualité de ce véhicule. Pour le constructeur, Renault Maroc, sa position est claire : « Renault
garantit la qualité du produit. Preuve en est que cette voiture
s’exporte très bien sur des marchés très exigeants et matures tels que
l’Espagne et la France ». C’est le meilleur argument qui puisse
exister, lequel est en passe de devenir un gage de qualité du made in
Maroc.
Quant au problème lié à l’export vers l’Egypte, le management de Renault estime qu’il relève plutôt des accords signés à Agadir et de la compétence du ministère de tutelle.
De l’avis d’un professionnel du secteur automobile proche de ce
dossier, ce n’est pas tant la fabrication au Maroc ou l’argument
qualité qui sont invoqués par les Egyptiens. Mais plutôt une mesure
protectionniste pour « défendre les intérêts des 6 à 7 unités de
montage local que compte le marché égyptien ». A elles seules, ces
chaînes de montage se départagent un marché jusque-là surprotégé à
hauteur de 40.000 unités chacune.
C’est dire que le lobbying des six chaînes de montage made in Egypte
est tellement fort qu’il a fini par rallier la position officielle du
pays des pharaons. « A la limite, la décision politisée des Algériens
d’importer des Logan de Roumanie au lieu du voisin de l’ouest se
comprend. Mais la position égyptienne est tout sauf cohérente »,
poursuit une source proche de Somaca.
A noter au passage que l’Egypte (70 millions d’habitants) compte
avec un marché de 60.000 voitures neuves par an. El Nasr Automotive
Manufacturing Company est l’un des plus importants constructeurs locaux
depuis 1960. Il fabrique sous licence la marque Fiat Shahine dans l’usine de Helwane.
La seule entreprise opérant dans l’automobile et dont les capitaux
sont étrangers est Nissan. D’autres marques sont présentes telles que
BMW, Mitsubishi, Fiat, Peugeot, Mercedes, Citroën, Hyundai… Elles bénéficient de droits de douane avantageux sur le CKD.
Selon un expert, les conditions actuelles de qualité et de prix en
Egypte ne permettent pas d’exporter vers ce marché extrêmement protégé.
La politique du gouvernement, qui vise à réduire la dépendance
vis-à-vis de l’étranger, favorise amplement la production locale. Le
protectionnisme égyptien est allé loin, à telle enseigne qu’il vient de
repousser le démantèlement tarifaire, dans le cadre de ses accords avec
l’UE, jusqu’à l’an… 2016.
Le rejet de la Logan se justifierait aussi par cette décision. Car
« en Egypte, l’on reproche au Maroc de vouloir introduire des produits
européens indirectement via l’accord Quadra », signale un expert dans
le secteur automobile. La faible valeur ajoutée des composants locaux
pâtira inéluctablement des standards Logan.
Le principal enjeu est là. Car l’Egypte compte préserver les parts
de son marché domestique. Mieux, dans l’automobile, ses ambitions
consistent à développer une industrie locale à même d’approvisionner le
juteux marché du Moyen-Orient. Forte de sa situation géographique,
l’Egypte compte, au-delà de la capacité de développement de sa zone,
jouer le rôle de plateforme entre son espace et l’Asie.
Protectionnisme
Forte d’un parc roulant de 2,9 millions de véhicules, l’Egypte a sa
propre conception de la politique économique et industrielle. Le mot
d’ordre est de réduire le maximum possible la dépendance vis-à-vis de
la production étrangère et, par ricochet, favoriser le tissu local. Une
démarche protectionniste qui se décline à travers la « limitation des
importations de véhicules avec l’instauration de pics tarifaires sur
l’import CBU et le resserrement de la réglementation à l’importation.
Autre
particularité, l’encouragement de la production locale avec une
législation visant de maximiser le taux d’intégration local, passé à
45% contre 40% auparavant. Du coup, les droits de douane sont
dégressifs au fur et à mesure que la part égyptienne augmente.