Comment s’explique la violente montée au créneau du fondateur de Ynna holding, Miloud Chaabi qui dénonce la cession de terrains par l’Etat
aux promoteurs privés et publics de l’immobilier, sans appel d’offres ?
Pleins feux sur une affaire qui fait débat depuis près d’un mois.
L’affaire a commencé, banalement, par un article de
presse dans le quotidien à fort tirage « Al Massae », très apprécié par
le Groupe Chaabi et son Président, Miloud Chaabi. Dans ce journal en
langue arabe, paraissait d’abord, en première page, un article
dénonçant la récente cession par l’Etat au groupe Addoha d’un terrain à
Marrakech. L’article faisait état de critiques très vives de Miloud
Chaabi concernant, en particulier, le prix auquel ce terrain a été cédé
et qui aurait donné lieu, selon son réquisitoire, à un manque à gagner
de plusieurs milliards de Dirhams pour l’Etat. Les groupes Chaabi et
Addoha comptent parmi les plus grands promoteurs immobiliers du Maroc.
Il semblait donc normal qu’il y ait entre les deux concurrents une
surveillance accrue et il semblait même normal que, l’un des deux
s’estimant défavorisé, ait une réaction vive. Que Miloud Chaabi exprime
sa colère dans la presse était donc dans l’ordre des choses... Mais ce
qui a réellement créé la surprise, c’est la suite. Après cet article,
il y en a eu un autre le lendemain, puis le surlendemain et la campagne
ne faisait que commencer. Car, parallèlement, Miloud Chaabi qui est
aussi député, menait une autre offensive au Parlement pour la mise sur
pieds d’une commission d’enquête parlementaire. Et le ton ne cessait de
monter...
Chaabi, Don Quichotte du secteur immobilier ?
Le fondateur du groupe Chaabi et Président de Ynna
Holding n’a en effet pas mâché ses mots. Et si, au départ, Addoha
semblait être la principale cible de ses attaques, très vite, la CDG et
Al Omrane fûrent également pointées du doigt. Chaabi accusait
l’administration de les favoriser tous les trois. Mais son
« argument-massue » n’est pas qu’Addoha, la CDG et Al Omrane soient
favorisés, c’est que les faveurs qui leur sont faites se traduisent par
des milliards de Dirhams que perd l’Etat. Un argument imparable pour
mobiliser les élus de la nation (par définition, défenseurs des deniers
publics). Il leur est demandé deux choses : qu’ils mettent sur pieds
une commission d’enquête parlementaire pour voir dans quelles
conditions sont attribués les terrains de l’Etat et qu’ils pensent à un
texte qui oblige l’Etat à passer obligatoirement par des appel d’offres
lorsqu’il y a cession de ces terrains. Quelles ont été les réactions à
ce coup de colère de Miloud Chaabi ?
Couac à la Fédération
Le secteur a une Fédération : la Fédération nationale
des promoteurs immobiliers. Et, lorsque les critiques de Miloud Chaabi
ont fusé, il en était président. Aussi, ses attaques violentes contre
l’Etat n’ont pas été du goût de tous les membres qui craignaient que
les positions du Président ne soient perçues comme celles de la
Fédération elle-même. Alors qu’aucun débat sur le sujet n’avait eu lieu
au sein de la Fédération. Un conseil a donc été convoqué et les
échanges ont été houleux. Certains des membres de la Fédération ont
pris le contre-pied des positions de Miloud Chaabi (voir explications
dans les entretiens suivants). Sachant que la Fédération n’était pas
unanimement rangée derrière lui, Miloud Chaabi a présenté sa démission
dès l’ouverture du Conseil. Depuis vendredi 11 juillet, donc, c’est le
vice-Président Youssef Ibenmansour qui est le nouveau Président.
Sévères critiques contre Miloud Chaabi
Pris de court par les violentes attaques du patron
d’Ynna holding, les professionnels aussi bien que les ministres
critiqués sont d’abord restés figés. Puis, peu à peu, la contre-attaque
s’est mise en branle. Les professionnels ont commencé à exprimer leur
opinion qui est loin d’être un franc soutien à Miloud Chaabi. De leur
côté, certains membres du gouvernement ayant lu dans la presse que
Miloud Chaabi menaçait de « dévoiler leurs combines », ont décidé
-selon des sources proches du dossier- que l’Etat « ne cèderait pas au
chantage de Chaabi » et que « si Chaabi avait des combines à dévoiler
qu’il le fasse ». Quant aux langues acérées, elles se sont largement
déliées, accusant Chaabi de dépit et de vouloir faire pression sur
l’Etat pour régler certains de ses problèmes... Parmi les déboires qui
sont présentés comme la cause de ce dépit, deux sont le plus souvent
cités. L’affaire du terrain acquis auprès d’Altadis et dont le groupe
Chaabi ne peut utiliser la partie réservée à l’espace vert. Et celle du
terrain de Tanger, également acquis par le groupe Chaabi mais qui est
frappé d’une saisie au profit du fisc (et pour lequel le conservateur
de Tanger a été incarcéré pour en avoir quand même inscrit la
cession)...
Que dit le Groupe Addoha ?
Le groupe Addoha que dirige Anas Sefrioui a réagi en ne
réagissant pas. A la parution du premier article de presse, le
management a envoyé un droit de réponse, mais voyant que ni ce droit de
réponse n’avait été pris en compte, ni Miloud Chaabi n’arrêtait ses
attaques, Addoha a décidé de ne plus rien faire. « Nous nous refusons
d’entrer en conflit avec M. Chaabi », nous a laconiquement déclaré un
responsable de ce groupe, ajoutant : « nous sommes sereins ».
Il faut dire qu’Addoha peut se permettre d’être serein.
Tout ce que le groupe entreprend en ce moment lui réussit. Un
partenariat avec Fadesa, un accord avec le groupe bancaire français
Caisse d’épargne, un partenariat avec la CDG, un chiffre d’affaires qui
de 1,5 milliard de DH en 2006 est passé à 3 milliards en 2007...
Jusqu’à son action en Bourse qui caracole à 4.600 DH aujourd’hui,
contre les 580 DH de la 1ère cotation.
Et au Parlement ?
Restent les élus, sollicités par Miloud Chaabi pour
mettre sur pieds une commission d’enquête parlementaire. Les lobbyings,
de part et d’autre, ont fonctionné. Résultat des courses ? Seul le
parti islamiste PJD est en faveur de cette idée. Les autres partis,
soit considèrent qu’il n’y a pas de « violations » qui justifie cette
commission, soit exigent que cette commission pose le problème de tous
les marchés de l’Etat, y compris ceux ayant bénéficié à Chaabi
(déclaration de Ameskane) et non pas seulement les marchés concernés
par cette affaire. Ce qui fait dire à certains que cette commission ne
verra probablement pas le jour