L’arbre ne peut pas monter jusqu’au ciel. Les professionnels de l’immobilier, interrogés dans ce dossier,
font la même analyse de la situation actuelle du marché. La hausse des
prix de ces dernières années est allée trop loin et ne reflète plus la
valeur économique des actifs. Que la croissance des prix du mètre carré
soit 5,6, voire 7 fois celle du PIB, on sort de toute logique
économique.
Les services du ministère des Finances (direction des études et des
prévisions financières) viennent aussi de le rappeler avec fracas dans
une récente note de synthèse du secteur. A un moment ou à un autre, à
moyen terme, prédisent les professionnels, il y aura une correction
technique. Entendez : une baisse des prix, mais pas un effondrement.
Juste une accalmie sur les tarifs du mètre carré.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le directeur général de
l’Agence urbaine du Grand Casablanca, Allal Sekrouhi, arrive au même
constat, mais tout en étant conscient qu’il n’y a pas de solution
magique contre les excès de la spéculation. L’un de ces excès tient,
par exemple, à la situation dans laquelle se trouve une frange des
ménages appartenant à la classe moyenne. Malgré une capacité
d’endettement intacte et un apport personnel, bien d’entre eux se
retrouvent piégés et subissent, de fait, une éviction du marché. Ils ne
peuvent pas acheter un appartement qui correspond à leur standing car
inaccessible, et ils ne peuvent non plus acheter beaucoup plus bas car
le confort est en dessous de leurs aspirations.
L’ouverture promise de nouvelles zones à l’urbanisation devrait
peut-être permettre de contenir l’emballement des tarifs à Casablanca,
l’une des régions où l’on observe ce phénomène à cause des prix qui ont
atteint des proportions « inexplicables ». Le patron de l’Agence
urbaine parle de 25.000 hectares -dont 20% dédiés aux activités
économiques- qui seront mis à disposition des promoteurs.
Plusieurs indices corroborent la baisse du thermomètre sur le
marché. A Marrakech par exemple, des promoteurs qui ont cru « qu’il
suffisait d’y aller » enregistrent les premières méventes de leurs
programmes. Sur certains segments, la baisse des prix serait de 15% par
rapport aux niveaux de l’été 2007. La demande solvable plafonne.
L’animation du marché souffre par ailleurs des difficultés économiques
en Europe, important pourvoyeur de la clientèle non-résidente qui
investit dans l’immobilier au Maroc.
Cette nouvelle situation contraint les promoteurs à revoir leurs
arguments de vente. L’écosystème des services qui se greffent à un
programme est aujourd’hui un élément fondamental pour placer un
produit. Une piscine, un service de syndic et de sécurité digne de ce
nom constituent un smig exigé par le client. Sans ce minimum, le
promoteur doit alors concéder un gros effort sur les prix pour vendre
son programme.
L’autre indice de cette accalmie du marché est à observer dans le
tassement de la croissance des crédits aux particuliers au cours des
trois premiers mois de l’année. Il semble que les mises en garde de la
Banque centrale commencent à produire des effets. Les notaires, en
première ligne dans les transactions immobilières, confirment le
ralentissement de l’activité dans leurs études, notamment sur les
catégories de logements haut et moyen standing (tout étant relatif).
A surveiller, enfin, l’évolution du marché du locatif qui donne la
tendance du marché de l’immobilier. Dans le moyen et haut standing, le
meublé gagne du terrain au point qu’il est devenu presque impossible de
louer un appartement nu. La location bénéficie d’un régime fiscal très
attractif, régime peu connu du reste, et qui ne suffit pas pourtant à
pousser au civisme fiscal. Les loyers sont, dit-on, un des gros foyers
de l’évasion fiscale. "Les professionnels, à travers leur fédération,
réfléchissent sur un moyen de définir une grille de critères de
classification de standing. Il faut espérer qu’il ne s’agit pas que
d’une déclaration d’intention".