Les patrons de l’usine de matelas à casablanca qui a fait 55 morts, en garde à vue
CourrierCasablanca.com | 28-04-2008
Des portes bloquées, l’absence d’entretien des machines et des négligences dans la sécurité expliquent que 55 personnes soient mortes
samedi dans l’incendie catastrophique d’une usine de matelas et d’ameublement à Casablanca.
Le propriétaire et le gérant de l’usine ont été placés dimanche en
garde à vue alors que sur place la police scientifique poursuivait ses
recherches pour établir les causes exactes du sinistre provoqué selon
la Protection civile par un court-circuit.
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"Le proriétaire Adil Moufarreh et son fils qui était gérant,
Abdelali Moufarreh, ont été placés en garde à vue après avoir été
interrogés par la police", a déclaré un responsable de la sécurité.
Après la découverte d’un corps sous les décombres dimanche matin, le
bilan s’établissait à 55 morts. Une source responsable à la wilaya du
Grand Casablanca faisait état de 54 morts et 17 blessés.
Il s’avère de plus en plus certain, selon la Protection civile,
qu’aucune norme de sécurité n’était respectée dans l’usine Rosamor
Ameublement, située dans le sud-ouest de Casablanca.
"Il s’agit d’un bâtiment, composé d’un rez-de-chaussée et de trois
étages, spécialisé dans la fabrication de meubles, et il y a donc des
produits hautement inflammables", a affirmé le commandant régional de
la Protection civile du Grand Casablanca, Moustapha Taouil. "Or, nous
avons pu constater au cours de notre intervention que les exploitants
du lieu ne respectaient pas les dispositions légales pour ce type
d’industrie, comme l’entraînement et la formation du personnel", a dit
l’officier.
Plus grave encore, le propriétaire, en contrevenant à la
législation, enfermait les employés à l’intérieur de l’usine pour, soit
disant, éviter le détournement des matières premières. C’est cela qui
les a empêchés de quitter le lieu du sinistre.
Un court circuit au rez-de-chaussée où se trouvaient des machines de
menuiserie aurait déclenché l’incendie. "Le manque d’entretien des
différentes machines et installations électriques est la cause de cet
incendie", a affirmé le commandant Taouil.
Plusieurs rescapés interrogés dimanche par l’AFP sur leur lit
d’hôpital ont confirmé les dires de ce responsable. "Toutes les portes
étaient bloquées et personne ne pouvait fuir pas les issues", a ainsi
assuré Smail Benhamed, 19 ans, qui a sauté du deuxième étage.
Certains employés ont en outre dénoncé les pratiques sociales du
propriétaire, affirmant n’avoir jamais eu de couverture sociale. "Sur
les 400 employés de l’usine, 30 seulement sont déclarés à la Caisse
nationale de la Sécurité sociale", a déclaré Fellah Hassan, un
tapissier de 30 ans. Les salaires sont aussi pointés du doigt. "Je
gagne 350 dirhams par semaine sans être déclaré"", a certifié Smaïl
Benhamed.
Un millier de personnes et des centaines de voitures stationnaient
dimanche sur le lieu du sinistre, alors que les pompiers avec des
chiens et la police scientifique ramassaient méticuleusement objets ou
lambeaux de chair calcinés.
Le ministre de l’Intérieur Chakib Benmoussa, qui s’est rendu samedi
sur place, a qualifié l’incendie de "drame catastrophique" et a précisé
que le parquet de Casablanca avait diligenté une enquête sur "les
circonstances de ce sinistre et sur les conditions de travail afin de
fixer les responsabilités".
Le roi Mohammed VI a donné ses instructions aux autorités pour
"prendre toutes les mesures nécessaires afin de secourir les victimes".
Ce drame intervient dans un climat de tension sociale en raison de
la flambée des prix. Les centrales syndicales ont refusé dernièrement
les propositions de l’Etat et des organisations patronales, et
certaines ont même menacé d’une grève générale.